[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est une trace venue s'installer en moi pour en faire de l'écriture.

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1 - La forme d'une ville, Lyon -  1982. Je ne veux pas vivre à Lyon mais j'y suis plus ou moins contrainte. Je ne veux pas de cette ville bourgeoise, franc-maçonne, envahie par le brouillard et qui ne semble posséder qu'une seule voie, éternellement dédiée aux embouteillages : le tunnel de Fourvière. La ville est livrée au gang des lyonnais et à la quenelle, c'est ce qui se dit à Paris où je vis. Des connaissances me suggèrent de chercher à la Croix-Rousse, sur les pentes. Et je trouve très vite un immense appartement rue des Tables Claudiennes, au-dessus des Clochards Célestes, lieu qui existe toujours. Parquet au sol, fenêtres immenses, moulures au plafond. Pas de salle de bain mais 120 mètres carrés pour l'équivalent de 100 euros par mois, je ne fais pas la fine bouche. Radiateurs à bain d'huile dans toutes les pièces, le compteur tourne, on s'en fout, on a trafiqué le compteur EDF. Les gestes écologiques se limitent à apposer un Nucléaire Non Merci sur le capot de nos vieilles caisses qui distribuent de la particule avec générosité. Le stationnement est gratuit un peu partout. Les pentes sont le repère des mouvements libertaires, leur journal IRL s'imprime rue Burdeau mais je lis religieusement Libération. Le restaurant alternatif les Tables Rabattues va prendre pour nom l'Opéra Bouffe.  On y mange pour pas cher et on y croise des potes, des artistes, des militants et militantes de gauche. François Mitterrand est encore l'icône de mes espoirs même si j'ai trouvé ridicule L'Homme à la rose chanté par Barbara. En quelques semaines, j'appartiens à un réseau dynamique et joyeux. On s'interpelle d'une fenêtre à l'autre. Mimmo et Gemma sont un bout d'Italie à eux deux. J'aime les entendre parler, m'expliquer avec un bel accent que les pentes ce n'est pas le plateau. J'oublie Paris. Aux Clochards Célestes, l'Arfi joue des musiques déconcertantes pour la très jeune femme que je suis. Lyon commence le lifting de ses façades et je découvre que ledit brouillard est un poncif entretenu par la rumeur et les écrits de Stendhal. Par contre Francisque Collomb est bel et bien un maire fade et sans ampleur qui rejoindra Bruno Mégret quand Michel Noir prendra la mairie. En quelques semaines, je me sens habitante de ce village où on monte ou descend tout le temps... et il arrive même de descendre des montées. Quant à Mimmo il est resté fidèle à sa Croix-Rousse qu'il nous donne à voir sur le site des Ateliers de Création libertaire,  ici