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Les bleus de l'enfance parce que jouer peut-être dangereux.

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J'avais été frappée, en 2002, entre les deux tours de la présidentielle par l'absence de slogans, de revendications parmi les lycéens qui manifestaient contre la possibilité du FN au pouvoir. Ils et elles avançaient dans les rues de Lyon, plutôt nombreux,  en poussant de longs cris rauques. La vague de cris cessait, ils marchaient, puis cela reprenait lentement. Quelque chose de sauvage, de profond mais sans mots. Sans mots pour dire, nommer et inventer l'avenir. C'était non à l'oppression au présent, sans faire de place à l'utopie. Cela m'avait profondément troublée. Aujourd'hui encore, il me semble qu'au-delà des revendications très terre à terre, il y a une absence de mots pour penser une autre façon de vivre ensemble. Baisse des impôts, revalorisation du salaire minimum... nécessaires sans doute, mais quoi d'autre ?  Quand je prends le temps de lire des articles de fond (et surtout ne pas regarder la surenchère d'images en continue qui manipule la réalité pour agir sur l'émotion et pas la réflexion) ce que j'entends aussi c'est le plaisir vécu par les gilets jaunes à se retrouver, à faire du commun, à se prouver qu'à plusieurs, on peut faire vaciller le pouvoir en place. Alors le grand défi, malgré la diversité des personnes concernées, sera d'inventer de fabriquer des modèles économiques équitables à l'instar de la permaculture face à l'agriculture intensive. Inventer. Ne pas craindre de se tromper et ce qui adviendra c'est du possible. Après mai 68,  malgré le machisme ambiant dans pas mal de parties et mouvements dits révolutionnaires, ce sont les femmes qui ont su s'appuyer sur ce bel élan pour faire évoluer leurs droits. Alors oui quelque chose de fort a eu lieu, a encore lieu. Alors ne nous privons pas de rêver un peu. Beaucoup.