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Les bleus de l'enfance parce que jouer peut-être dangereux.

brume

1 - Quand le paysage, vu de mon bureau,  me déprime, je vais marcher. Dehors, il prend une autre dimension. Les bruits, la sensation de froid, la présence des oiseaux ou d'autres humains redonnent de l'ampleur à ce qui semblait être un jour gris. Mon corps en mouvement fait barrage aux idées noires. Le ressassement devient pensée. Je marche avec le monde, il ne m'engloutit plus sous les mauvaises nouvelles. Ce matin-là, de la brume. Je prends l'appareil photo et pars sur le chemin, toujours le même, de la petite route vers le pont de pierre, puis je bifurque vers les vergers, je continue le long du Gelon, longue ligne droite avec parfois la surprise d'un héron cendré. Sur la départementale des fourgonnettes blanches se croisent - des artisans pour la plupart - après le pré aux vaches, toujours l'agriculteur (le fermier, l'exploitant, comment nomme-t-il son métier ?) s'active. Nous nous saluons mais il y a un tout un monde d'ignorance entre nous. Derrière, la grille le chien noir grogne, grogne, grogne toute dents dehors et moi je l'emmerde. La maison aux volets pervenche, puis la petite route qui monte, le pré aux ânes et j'arrive à la grande bâtisse dont je n'ai jamais vu le propriétaire. Une dernier bout de route et j'ai fini ma boucle. J'ai marché presque deux heures. De prendre toujours le même chemin, c'est ça qui me plaît. Je peux me laisser surprendre par un détail nouveau, un changement. Le même chemin et pourtant toujours différent, forcément. Je tape mes souliers contre le banc et j'ouvre la porte. Le paysage entre avec moi.