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Les bleus de l'enfance parce que jouer peut-être dangereux.

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La prison. Six séances d'écriture de deux heures. Un groupe qui varie de 7 à 8 personnes. Des hommes qui purgent de courtes et longues peines. Je les amène à écrire dans le cadre du festival des Arpenteurs : Toucher au vif. Je viens avec des livres, des textes et on écrit. Toujours la même étrange sensation, l'incongru de moi, une femme libre, face à des hommes détenus. Les temps d'écriture sont courts. D'abord parler : la détention, la famille au dehors, les informations pratiques. Je laisse faire. Parmi eux un taiseux. Pas un mot. Mais il est là à chaque séance. Je leur lis de la poésie, on en discute puis je les invite à écrire dans des cahiers, sur des feuilles A3, sur des affiches au mur. La première question est toujours : Vous n'avez pas peur ? Il est vrai que je suis seule avec eux. Porte verrouillée. Seulement une alarme que je ne sors jamais du sac à main. Non, je n'ai pas peur. Aujourd'hui on a pas mal ri, je me sens comme un frangine (j'ai vécu avec quatre frères). Puis un moment important, structurant alors que j'insiste pour qu'ils ne se contentent pas du premier jet et ça râle dans un premier temps (le fonctionnement de la prison les infantilise énormément). J'explique que l'exigence est une forme de respect. Que j'ai confiance en leur capacité à chercher plus loin. Ils acquiescent. Chacun à leur manière. Groupe hétéroclite. Aiton, prison moderne au pied du Massif des Bauges. Soleil toute la journée. Chaleur étouffante. Pas facile de rester concentrés. Le plus jeune d'entre eux, le plus abimé aussi, bouche édentée et corps maigre, me dit que ce qui lui manque le plus c'est de toucher un arbre. Effectivement pas un seul arbre dans les différentes cours de la prison. L'arbre qui est comme un humain pour lui, alors dès qu'il sera sorti, la première chose qu'il fera, c'est d'enlacer le premier arbre croisé. Sur mon carnet j'écris : L'homme qui voulait enlacer un arbre. A la fin de l’atelier, on se serre la main. On se dit à la prochaine. Deux séances encore et ce sera fini. Sur le parking, dans la chaleur oppressante de la canicule de juin, il me faut fouiller longtemps dans mon sac avant de retrouver la clé de ma voiture. Je ne sais pas quoi penser, ni ressentir alors je prépare mentalement la séance suivante. Touchée au vif.