[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est une trace venue s'installer en moi pour en faire de l'écriture.

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Invitée à La Maison de la poésie de Paris à parler (discuter, commenter, illustrer ...) de la procrastination, un terme érudit un peu à la mode, mais pourquoi pas - remettre à demain ce qu'on peut faire le jour même - j'ai dit oui. Puis le trac. Dire quoi ? Alors je sollicite mon camarade illustrateur, imprimeur, éditeur, Yves Olry : Illustrer mon propos journalier concernant la procrastination. Il est partant. J’écris. Il dessine. Depuis le 1er novembre, je lui envoie chaque jour une phrase, un proverbe, une référence, un souvenir. Le défi tenir 365 jours. Ma préférée du moment : Les vieux procrastinent à mort ! Au delà de l’exercice de style, je me suis interrogée sur ma propre capacité à remettre à demain. Et je dois admettre que je remets à demain tout ce qui concerne la commande du livre. Le livre pour lequel j'ai eu une bourse d'écriture... Sinon j'écris régulièrement : des textes pour mon site, pour les restitutions en fin de résidence, pour des compagnies de théâtre, pour les lectures publiques, pour les ateliers... rarement avec le sentiment d'évitement. Mais le livre m'encombre, c'est l'expression exacte. Cette chose qu'il faut écrire, certes, mais qu'il faut ensuite envoyer aux éditeurs, puis attendre leur retour, puis attendre que cela soit imprimé, puis attendre  la rentrée littéraire de septembre ou celle de janvier, puis attendre que cela excite tel média ou telle librairie ... Attendre et se retrouver le plus souvent sur le bas côté.  Entamer la traversée du désert avec quelques vivifiantes oasis. Le livre. Le contenant de la littérature ? Le contenant de la pensée ? Objet. Alors en attendant de l'écrire ce livre, je fais vibrer ailleurs mes textes. En attendant de produire du papier prêt à pilonné, je mets en mouvement d'autres flux. Je remets à demain le livre et je dis mon aujourd'hui. Ici. Je me mets en ligne. ©illustrationYvesOlry