[le site de Fabienne Swiatly ]

La fumée bleutée d'une Gitane ou d'une Gauloise, les cigarettes que je ne fume plus.

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Ausschlafen est une locution verbale allemande constituée de la préposition aus (qui indique une direction du dedans vers le dehors) et le verbe dormir. Ce verbe est difficile à traduire en français, en tout cas pour moi élevée par une mère allemande. L'équivalent  français : dormir de tout son saoul, ne raconte pas tout à fait la même chose. Elle est plus passive et ne se résume pas en un verbe. En allemand, cela donne l'impression que le dormeur prend vraiment part à sa volonté de dormir. Et c'est l'expérience que j'ai vécu hier en me couchant à 8 heures et en me levant douze plus tard. J'ai senti qu'il me fallait dormir activement. Alors j'ai pris soin de ne boire aucun excitant de la journée, de  rien manger avant de me coucher et je me suis aussgeschlaffen. Ainsi j'ai dormi comme depuis longtemps cela ne m’était plus arrivé.  J'ai dormi tout ce qu'il y avait à dormir en moi. Des semaines de travail d'écriture, plusieurs dossiers à rédiger et à chiffrer, de pénibles trajets en voiture, des heures de disponibilité et d'inventivité dans les ateliers avec les petits et les grands et sans parler de toute la violence des actes terroristes et des actes de guerre qui s'imposent dans notre vie quotidienne (j'aurais dû commencer par cela dans ma liste). On aimerait alors, telle la Belle au bois dormant, s'endormir pour cent ans. Pour se réveiller dans quelle époque ? Hier c'était plus court, mais c'était dormir et endormir du trop de fatigue, du trop de connexion, du trop des mauvaises nouvelles. Tenir à distance le fracas du monde pour se réveiller un plus apte à réagir, agir, exister. Endormir la fatigue. Ausschlaffen et retrouver de la vigilance. Constater aussi combien la violence de l'année écoulée s'inscrit dans le plus profond de notre corps. Et tenter de répondre à une difficile question pourtant vitale : comment faire corps avec les autres ?