[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est une trace venue s'installer en moi pour en faire de l'écriture.

ceci n est pas une arme a 768 feu

Les 14 et 15 novembre près de ma roulotte, des chasseurs tiraient. Des chasseurs chassaient. En ce jour de deuil où certains luttaient encore à l'hôpital pour survivre à des plaies par balles, des hommes, peut-être des femmes se sont levés tôt, ont chargé leur fusil pour tuer des animaux. Coups de feu secs dans le silence de la forêt. Je ne suis pas particulièrement militante anti-chasse, mais ce matin-là... Je n'ai pris qu'une seule fois une arme à feu entre les mains. Un révolver gris, de taille moyenne. Il pesait lourd. Je l'ai reposé très vite. J'ai eu peur. Peur de l'émotion qu'il pouvait éveiller en moi. Un révolver est fait pour tuer. Rien d'autre. Il rate le plus souvent sa cible sauf pour les criminels. Les journaux le racontent. Il fait nuit, une ombre bouge, détonation et c'est un enfant qui tombe, une épouse qui tombe. Un braqueur visé par une arme risque de tirer plus vite et mieux que nous. Laissez traîner une arme et c'est un curieux qui va la retourner contre lui. Accident. Une arme à feu ne devrait servir qu'aux professionnels mais souvenons-nous que si les policiers n'avaient plus le droit de porter une arme hors service c'est que l'arme servait au suicide de son propriétaire ou encore à affirmer sa virilité pendant une soirée bien alcoolisée. Alors non, je n'aime pas ce que les armes à feu peuvent transformer en nous, en même pas une fraction de seconde. Si je parle d'armes à feu ici, c'est que j'en rêve presque toutes les nuits et que je me réveille avec cette image, de moi avec un révolver entre les mains. Un révolver gris de taille moyenne ...