[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est une trace venue s'installer en moi pour en faire de l'écriture.

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Les 7 et 9 janvier, il y a eu des terribles tueries en France. Des hommes et des femmes ont été massacrées. Lâchement. Violemment. Ces hommes et ces femmes avaient pour certains accompagné notre jeunesse, notre quotidien, notre soif de littérature, de BD, d'humour. Ils sont morts et tout un pays a été touché, terrassé, violenté, déstabilisé par cet acte. Un pays que nous partageons comme territoire de vie. Suite à toute cette violence, de nombreuses personnes ont eu besoin de se retrouver ensemble dans la rue. De quitter l'appartement, la maison, l'écran pour se retrouver dehors, avec d'autres. J'en fait partie. J'en avais besoin même si, une fois dans la rue (les rues de Lyon en ce qui me concerne), j'ai été traversée par des sentiments ambigus. Très vite, j'ai ressenti un malaise à ne pas savoir nommer précisément ce qui nous réunissait.Triste de l'absence des uns, soucieuse de la présence d'autres. D'où venait le vent qui agitait les drapeaux français que brandissaient certains ? Ensuite j'ai été curieuse d'entendre ceux qui n'ont pas voulu ou pas pu se joindre à ce moment du vivre ensemble, comme cette amie Allemande qui ne se sentait pas "chez elle". Certes, nous étions réunis pour des raisons différentes, certes les rangées de politiciens rassemblaient des personnalités parfois douteuses, mais imaginons que peu de gens se soient rassemblés ce jour-là ? Personnellement, je suis d'abord venue comme on va à un enterrement. Besoin de partager son chagrin, de nommer l'absence, de se donner du courage pour après. Envie aussi de dire non à quelque chose de confus qui me dépassait et me dépasse encore. Et c'est dans la rue avec d'autres que j'ai réussi à donner corps à mon malaise et que j'ai commencé à penser plus loin que le choc émotionnel. Mais voilà que je suis désignée comme une manipulée par ceux qui ont accès aux médias. Ceux qui dans leurs livres dénoncent le prêt-à-penser mais nous confondent tous. Je veux bien lire quelque chose qui m'aide à comprendre, à saisir ce qui sonnait faux dans ce rassemblent mais les livres ou propos comme ceux d'Emmanuel Todd ou de Philippe Val ne me donnent aucun élément de réflexion ou de compréhension pourtant je suis capable d'admettre mes erreurs. Ils se posent au-dessus de la masse (pas à côté mais au-dessus) et nous crachent dessus. Ils squattent les micros sans brio mais avec éloquence. Ils ont droit à leur petit moment de haine nationale avant de toucher leurs droits d'auteur. S'ils n'avaient pas accès aux médias, leurs livres n'auraient certainement jamais été publiés. Ils savent et nous, nous sommes les ignorants. Je me sens méprisée comme dans l'édito de Serge July publié dans Libération en mai 2005. Serge July qui crachait sur ceux qui avaient voté non au référendum sur le Traité constitutionnel européen, et du même coup il crachait sur son lectorat. Nous étions des manipulés qui n'avions rien compris à la chose européenne alors que les mois d'avant avaient été un formidable échange sur les contenus et les enjeux duTraité grâce à internet. Nous avions cherché à comprendre et avions fait un choix, alors que nous aurions dû opiner du chef puisque les éditorialistes de la plupart des quotidiens nationaux (ceux ne se font pas manipuler même s'ils partagent la table des politiques, des chefs d'entreprise et des patrons de presse) nous sommaient de voter oui. Leur colère (car ils étaient vexés et déstabilisés dans leur hégémonie intellectuelle) réduisait ce non à de la peur, de la manipulation, de l'ignorance crasse. Nous aurions rejeté l'Europe alors que nous avions tout simplement dit non à un Traité. La catastrophe annoncée n'a pas eu lieu, loin de là, même si l'Europe est un espace fragile et que je veux croire à sa capacité de nous protéger de la guerre. Suite à cet édito, j'ai cessé d'acheter Libération. Un journal que je lisais pourtant chaque jour depuis l'âge de 15 ans. Je n'aime pas que l'on s'adresse à moi comme si j'étais idiote. Je ne supporte pas le mépris. Si je veux bien apprendre des autres, je n'ai pas de leçons à recevoir de ceux qui se vivent au-dessus de la masse. Malgré tout, je continuerai à partager les paroles de la chanson de Brassens, Tous ceux qui ne pensent pas comme nous sont des cons :
 
" Vous proférez, Monsieur, des sottises énormes,
Mais jusque à la mort, je me battrai pour qu'on
Vous les laissât tenir. Attendez-moi sous l'orme ! "