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L'obstination du bleu Klein.

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Lycée privé catholique sous contrat avec l’État comme on dit. En pays des Mauges, il y a beaucoup plus d'écoles privées que d'écoles publiques. L'enseignant a préparé ma venue, me dit-il. Les élèves ont lu Gagner sa vie et il me montre une grande feuille d'exposé jaune vif (en Moselle nous appelions cela des rapports) avec collés dessus quelques photos de moi et des bouts de textes récupérés sur Internet. C'est écrit gros, souligné de nombreux traits. Stratégie de remplissage. Je pensais que cette exercice était révolu surtout en classe de seconde. C'est pauvre. C'est moche. L'enseignant m'emmène dans un amphi où une quarantaine d'élèves m'attendent. Je me présente. Je lis un extrait de texte et demande s'ils ont des questions à poser. Personne ne se manifeste. Je demande où est celui qui a préparé les questions comme l'enseignant m'en a parlé. A l'infirmerie ! Les autres n'ont pas les questions et ne peuvent donc pas me les poser. J'hésite à partir. Je suis polie. Je lis d'autres extraits.Toujours aucune question. Alors je demande qui a lu le livre ? Personne. Qui en a lu des extraits ? Personne. Qui l'a eu, au moins, entre les mains ? Personne. Le seul qui aurait pu dire oui est à l'infirmerie. Je souris. Dépitée. J'écourte. Le professeur s'excuse vaguement et me dit qu'il en sera bien resté quelque chose. Je hausse les épaules. Vient un élève qui me remercie pour mes lectures et nous livre : J'étais nul en orthographe, ça stressait ma mère. Mais J'ai arrêté d'avoir des otites, le jour où elle a arrêté de me crier dessus à cause de mes fautes ! Il sourit l'air malin. Moi aussi. Il en restera bien quelque chose.