[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est l'ecchymose, douleur qui s'efface.

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Cette photo m'émeut beaucoup sans que je parvienne à en cerner les raisons profondes. Collège Léonce Vieljeux à Les Vans en Ardèche. Une rencontre avec 80 élèves de 3ème. Deuxième jour de cours depuis la rentrée. Chef d'établissement sceptique, ce n'est pas lui qui a initié le projet. La convention a été signée avec le Festival Essayages alors il est contraint. Il m'accueille tout de même, me présente aux élèves ce qui est une démarche rare. Dans la plupart des écoles, collèges, lycées et universités où je suis invitée, le principal, chef, directeur etc. se fichent de ma présence, accaparés par les obligations administratives. Le cadre avant les contenus. Parfois même j'ai le sentiment qu'ils craignent que cela se passe mal et préfère ne rien en savoir. Très souvent je ne les voix pas. Donc, élèves de 3ème que j'invite à découvrir mon atelier d'écrivain. Je raconte le parcours, lis des extraits de mes livres, montrent mes carnets et journaux de bord, lis des extraits de textes en chantier. 50 minutes d'attention et quelques questions à la fin. A une professeure qui me félicite, je réponds une évidence : suffit de les intéresser. Car je n'ai pas oublié qui j'étais au même âge, traversée par le doute, encombrée par mon corps de femme en devenir, emballée par la professeure d'histoire que je trouvais belle et passionnante, mal menée par le professeur de maths qui me trouvait insolente et moche. Et souvent l'ennui. Alors je choisis des passages de textes qui peuvent entrer en résonance avec leurs peurs, leurs désirs, leurs doutes, je varie les rythmes. Heureusement je n'ai pas de programme à tenir, même si le principal m'a demandé d'être pédagogique ... Ce qui m'émeut également c'est qu'à cet âge, je doutais de mon avenir et j'aurais été fière de découvrir cette photo de moi plus tard. Heureuse de faire le métier d'écrivaine, heureuse de ce plaisir d'être avec des jeunes. Peut-être aussi que je possède nombreuses photos des élèves, des ateliers mais rarement de moi en action. C'est l'éditeur Yves Olry qui a eu la bonne idée de saisir ce moment. Comme tout le monde,  j'ai besoin de voir ce en quoi je crois, surtout pour les jours gris de l'écriture quand le doute empêche d'avancer.