[le site de Fabienne Swiatly ]

Les bleus de l'enfance parce que jouer peut-être dangereux.

deuxflaques

Elle a 16 ans, un corps de femme aux rires d'enfant. Cet âge que je n'ai pas aimé avoir. Elle regarde l'écran de l'ordinateur par dessus mon épaule. Je travaille sur le site. Les photos l'intéressent, mais elle s'étonne que je mette en ligne des photos ratées. Elle nomme raté ce que je vois comme un flou expressif (une hésitation de l'image). Je lui dis cela, elle hausse vaguement les épaules. Quelque chose de ridiculement précieux dans mon propos, je le sens bien.

Puis elle me dit : pourquoi tu fais ça ?. Non ce n'est pas exact, elle dit : pourquoi tu fais TOUT ça ? Quelque chose dans la voix qui exprime le doute. Tant d'énergie donnée pour un si maigre résultat.

Je ne dis rien. J'ai déjà exprimé ma difficulté à justifier un travail qui s'impose sans que je sache exactement pourquoi. Souvent j'ai envie de répondre, parce qu'il le faut bien. Est-ce une réelle impuissance à trouver une réponse juste ou une forme de paresse intellectuelle ? Une paresse qui me fait aimer les notes, le bref, les fragments. Suis-je incapable de creuser ma pensée ?

Et puis ce TOUT dans sa question. Comme si elle s'inquiétait que je fasse TOUT un monde avec des mots. A-t-elle peur que je m'oublie sur l'écran ? Dans l'écran ? Ce Tout qui est si peu par rapport au travail que j'aimerais mener.

J'imagine combien il doit lui être étrange de me voir passer plusieurs heures devant l'écran. L'écran qui semble vouloir aspirer celui qui se tient devant.

Pourquoi je fais TOUT ça ? Aurait-elle aimé que je dise : pour toi. A-t-elle une place dans mon site ? Parler d'elle, en fait l'objet, le sujet, mais est-ce de ça dont elle a besoin. Peut-être qu'elle voudrait que tourne la tête, que je la regarde. Que je me dégage de l'écran et des mots. Que je la regarde vraiment, ailleurs que sur l'écran. Elle ne veut pas être seulement une photo floue ou ratée. Elle qui a 16 ans et un corps de femme aux rires d'enfant.

Dernière mise à jour jeudi 30 octobre sur Obsession Usine ici ou  sur Pina Bausch - ici