[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est une trace venue s'installer en moi pour en faire de l'écriture.

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Après le jardin, c'était le champ. Malgré l'absence de clôture je savais où finissait le jardin, où commençait le champ et mes yeux de petite fille inventaient ce qui ne se voyait pas. J'aimais me tenir là. Ma mère recluse dans la maison, fuyait la lumière de ce pays qui ne serait jamais le sien. Elle m'appelait de derrière les volets clos, me ramenait à elle, me voulait à l'ombre : komm doch jetz ! Et je tentais de gagner du temps dans l'autre langue : pas tout de suite. J'avais pourtant les mots de sa langue, j'avais une enfance qui était aussi une Kindheit, j'avais des souvenirs avec le verbe à la fin, je déclinais sans connaitre l'accusatif mais cette langue traînait dans la boue de l'histoire. Une boue où avançaient au pas des hommes morts pour la plupart. Il me semblait que l'air vibrait mieux avec de la lumière et je ne voulais pas de l'autre mot, Licht. Puis un homme est venu de sa forêt pour donner une nouvelle voix à cette langue maternelle qui ne parvenait pas à se dire. Un éditeur aux cheveux richement blanc, à la voix douce et aux épaules larges à vouloir défendre de la poésie en de si nombreuses langues : Rüdiger Fischer. En 2006, il a publié mon premier livre. Il est mort en ce mois de juin et j'en suis terriblement triste. Que dire de plus ? Stimmlos. Sans voix.