[le site de Fabienne Swiatly ]

L'encre du tatouage qui bleuit avec le temps.

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La Pacaudière. Village de la Loire, inconnu jusqu'alors. Vaguement, Roanne située à un quart d'heure, pour le célèbre restaurant Les Trois Gros. Collège, Jean Papon, un peu en dehors du village. Malgré les travaux, j'arrive à l'heure. Il faut comme à chaque rencontre, trouver le parking, la porte d'entrée, sonner à l'interphone. Les écoles sont des lieux clos, on n'entre plus comme on veut et des caméras qui surveillent l'en-dehors. Parfois on salue quelqu'un qui jamais ne demande qui on est. S'il est difficile de franchir le portail, ensuite on peut déambuler dans les lieux sans que personne ne s'inquiète. Puis une silhouette s'approche : C'est vous l'écrivain ? Je me retrouve très vite en compagnie de l'enseignante et de la documentaliste, l'usage veut que le mot professeur précède celui de documentaliste. Il est des insistances qui soulignent plus qu'ils ne gomment les différences. Combien d'année déjà que l'on pratique le colportage littéraire ? Les élèves arrivent et c'est dans le bruit que l'on installe les tables et les chaises. Ils ne s'assoient pas, ils s'affalent. Ce mélange d'énergie et de fatigue soudaine qui habite l'adolescence depuis toujours. Au début, il y a une vraie distance entre eux et moi, comme un froid. Il faut dire que j'arrive avec mon bagage de livres, de textes, de noms d'écrivains et de propositions d'écriture. Et tous les préjugés sur ce que pourrait être ou devrait être la littérature. Des tonnes de poussière et pas mal de méfiance. Ils attendent soucieux de l'écriture qu'il leur faudra fournir mais curieux tout de même de ce métier que j'ai choisi. Est-ce d'ailleurs un métier ? A ce moment-là ils sont un tas dont je ne parviens pas à détacher un visage du nombre, même si le plus turbulent se fait vite connaître (reconnaître) et j'ai tendance à penser que c'est surtout le plus anxieux. Je me présente. Au rythme des lectures, ils deviennent regards, visages, corps et voix. Ils s'étonnent de ce qui s'écrit chez eux, chez les autres. Puis ce garçon avec déjà une voix d'homme qui n'en revient pas d'avoir écrit et dit de la poésie. Il pensait que ce n'était pas pour lui. Puis cette jeune fille qui veut bien retravailler son texte parce qu'elle s'y dévoile trop vite et qu'il faut savoir donner une place aux lecteurs. Puis je montre mes carnets et explique comment l'écriture ne se fait pas seulement devant l'ordinateur mais qu'il y a aussi la marche en ville ou en campagne, les photos des usines, les collages, le blog et je les entraîne à l'extérieur noter ce qui fait le paysage habituel mais que j'invite à regarder aujourd'hui différemment : les arbres qui grelottent, le ciel mince, le têtu des oiseaux, les murs distants, les ordinateurs silencieux (leurs mots à eux)... On s'apprivoise et ils finissent par donner de la confiance, et le professeur s'étonne car souvent en atelier, il y a un ou une retirée dans le fond de la classe qui transcrit un bout de vie qui nous émeut par sa justesse. La classe n'est plus un tas. Et le plaisir aussi de voir qu'ils ne s'envolent pas tout de suite quand la sonnerie qui est maintenant une musique, annonce l'heure du départ. Je dis au revoir, on se dit merci.