[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

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"Ce qui nous manque c'est de la joie" ai-je répondu au pessimisme affiché par un lecteur lors d'une rencontre littéraire. J'étais sincère et pourtant j'ai éprouvé un sentiment étrange à prononcer ce mot de joie. Un mot qui ouvre la bouche en un début de sourire (essayer de le dire en faisant de la gueule et il aura du mal à quitter vos lèvres). Un mot qui semble donner de la lumière. Joie, lumière... un vocabulaire souvent entendu quand je fréquentai l'école du dimanche au temple protestant. Aurai-je quelque crainte à utiliser ce mot parce qu'il n'appartiendrait plus au monde laïque ? L'idée me suffit pour le réutiliser souvent, me le réapproprier. Ne laissons pas l'usage d'un mot, d'une émotion à un quelconque tribun même s'il porte robe longue et tiare. Joie n'est pas loin de jouir. Et en cette période de guerre financière, de spoliation de notre travail, de nos droits et même de notre vocabulaire, nous devons réapprendre à jouir sans attendre qu'un quelconque taux passe de 12 à 13 % ou inversement. Sans joie de vivre (et vlan, j'y vais pas avec le dos de la cuillère) comment réinventer l'avenir, comment s'approprier le présent ? Comment relever la tête ? Comment redonner le rêve du ballon à nos enfants et pas seulement celui du porte-feuille garni ?  Alegria, joy, freude, glaede, gioia, furaha... Y a de la joie - bonjour, bonjour les hirondelles. Et pour voir les hirondelles, il faudra bien lever les yeux. Quitter un peu l'écran. Accepter que cela puisse nous arriver, recevoir de la lumière.