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La couleur absente de la Lorraine.

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Lorsque le monde marchand ou politique ressuscite un mot, je suis traversée par une méfiance immédiate. Il en est ainsi du mot courtoisie. En une dizaine de jours, il s'est imposé dans mon quotidien. D'abord sur la voiture dite de courtoisie, prêtée par mon garagiste en attendant de récupérer la mienne. En d'autres lieux du commerce où il me faut parfois faire la queue, j'ai été priée de me tenir à distance en ne franchissant pas la marque au sol qui délimitait une zone de courtoisie, ce qui ne rend pas forcément aimable la personne qui vous reçoit ensuite au guichet,  et hier c'était un plateau de courtoisie qui m'a été offert par une chaîne d'hôtel pour que j'oublie un peu le convenu de la décoration. Si le mot évoque l'amour courtois qui codifiait les relations hommes-femmes à l'époque médiévale (cela ne concernait que les nobles et les chevaliers), le nouvel usage du mot me semble prendre surtout racine dans le vocabulaire "paravent" que manipulent avec plus ou moins de grossièreté les communicants du monde du commerce ou de la politique. Médiéval ou contemporain, la courtoisie nous assigne poliment une place. Il y a du sourire dans ce mot tant que l'on ne dépasse pas les bornes. Sans oublier qu'il existe à Paris une radio du nom de Courtoisie (la radio du pays réel et de la francophonie - sic !) qui soutient les thèses de l'extrême droite, proposant aux étrangers de notre pays de se tenir à une certaine distance - courtoise, bien entendu. J'éprouve le même malaise face à cette courtoisie naissante qu'avec les codes de la galanterie masculine. Car si un homme m'a parfois tenu la porte pour m'inviter à passer devant lui, en signe de respect il me semblait que cela lui permettait surtout d'évaluer la générosité de mon cul.