[le site de Fabienne Swiatly ]

L'encre du tatouage qui bleuit avec le temps.

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Quatre jours que je suis à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon. Je prends mes marques, je ne me perds plus dans les nombreux couloirs, jardins et allées du cloître. J'apprivoise la cellule où je loge. J'apprivoise aussi les présences réelles ou fantasmées qui hantent mon sommeil. Six cents moines enterrés - tout de même - ici dans un des jardins. J'ai l'humeur au travail et surtout, je ressens une impossibilité grandissante à quitter les murs du cloître sauf pour acheter de quoi manger ou de quoi boire. D'habitude, en résidence, j'aime marcher dans les environs, découvrir les lieux, les photographier, me perdre dans les rues, regarder les gens. Mais, ici, les murs me retiennent. Franchir le portail c'est retrouver le rythme du monde commerçant et je n'en ai pas envie. Et c'est une bonne chose pour moi. Je me contente de passer de la salle de répétition à mon bureau, m'attarder dans la salle capitulaire ou l'ancienne prison, parcourir les livres de la librairie ou de la bibliothèque, retourner à la salle de répétition. L'idéal serait de parvenir aussi à me couper d'internet. M'obliger à encore plus de concentration. Quand je ne parviens pas à avancer dans mon texte, je sors pour photographier mon reflet dans les fenêtres, les portes vitrées. M'inscrire dans le lieu. Je me sens bien.