[le site de Fabienne Swiatly ]

Les bleus de l'enfance parce que jouer peut-être dangereux.

DSC08522

 "... je suis celle qui donne une place dans son ventre mais peut tout conclure par un X définitif, je suis celle qui arrache les yeux à ceux qui ne veulent pas te voir, je suis un avé maria qui s’écrase sur un mur d’intolérance, je suis wonder women qui attend avachie sur un banc d’hôpital ... " Traduire un tel passage en langue des signes n'est pas évident. Avec Anthony Guyon, comédien, metteur en scène et sourd, je découvre combien la langue est faite d'implicite - tu vois ce que je veux dire ? et bien non, Anthony ne voit pas toujours ce que je veux dire et il me faut alors approfondir, détailler, défendre mon propos. C'est une rude leçon de modestie, car toute facilité d'écriture est immédiatement détectée. Mise à nue. Vitesse des doigts sur le clavier et ajustement des paragraphes sur l'écran nous donnent l'impression fausse de tenir le texte. On se contente. Je découvre aussi que la lecture est difficile pour les sourds, j'étais persuadée du contraire ignorant que notre langue et nos signes sont des traductions de sons et de mots que l'on a entendus depuis notre prime enfance.. J'apprends. J'aime ensuite voir Anthony et Géraldine Berger, sur le plateau,  interpréter en signes ou inventer des mots-images en Virtual Visual (VV) ce que j'ai écrit. Alors c'est à mon tour de demander des précisions, de valider ou pas. J'ai parfois la surprise à travers leur interprétation de découvrir le sous-entendu de mon propre texte. En fin de journée, j'ai  la forte envie de m'exprimer à mon tour en LSF, de faire taire le bruit en moi. Mettre les mots à distance.