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La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

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Chef d’œuvre est un mot que j'ai du mal à lire ou plus simplement à comprendre. Il semble placer là-haut, quelque chose que moi, agnostique littéraire, je préfère situer à hauteur humaine - à côté de moi, éventuellement juste devant. Quand le journal Libération décrète que le livre de Christine Angot est un chef d’œuvre, je suis sidérée par la pauvreté du propos. Que j'aime ou pas ce livre, le qualificatif veut m'empêcher de penser. Il ne s''adresse plus à moi d'égale à égale alors que nous vivons dans le même présent. Il ne me laisse aucune place.Pour me défendre, j'imagine que comme dans les jeux d’enfants, celui qui dit c'est celui qui est. Car celui qui désigne le chef d’œuvre cherche simplement à se situer dans l'aura de l’œuvre désignée. Pourquoi pas. Chacun son égo. Sauf que sacraliser ainsi la littérature, c'est la poser sur un fragile piédestal. C'est en faire un objet muet et un tantinet obèse. Certain livres m'ont ouvert des chemins, nourri ma réflexion, étreint mon émotion sans que je les considère comme des chefs d’œuvre et encore moins, les imposerais-je comme tels aux autres. Ils sont avant tout des compagnons de route. D'ailleurs les musées sont remplies de chefs d’œuvre que l'on prend en photos à la va-vite ou que l'on ramène chez soi reproduits sur un mug ou un t-shirt. Oubliant que chef d’œuvre ou pas sans un regard impliqué de l'autre, il n'y a pas plus d'art mais de la simple décoration.