[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est l'ecchymose, douleur qui s'efface.

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Transports en commun, assemblage de mots qui devrait nous transporter plus loin que nos petits déplacements quotidiens. TCL, Transports en Commun Lyonnais où l'on peut entendre une voix polie mais ferme imposer plusieurs fois par jour : Mesdames et Messieurs, pour votre tranquillité, merci de ne pas encourager la mendicité. La voix nous parle comme à des enfants, à des irresponsables puisque nous entretenons la paresse des  mendiants. Ces gens de si peu qu'ils viennent quémander pour se nourrir, nourrir leurs enfants et qui ont l'audace de s'acheter, pour certains, cigarettes et alcools avec notre obole. Et contre cet immonde peuple de cafards, de profiteurs les TCL ont une solution imparable : arrêtons de donner aux pauvres et ils arrêteront de mendier, et si plus personne ne mendie c'est que la pauvreté aura été éradiquée. CQFD ! Alors, nous braves gens, honnêtes travailleurs, nous pourrons voyager tranquilles. Le cerveau disponible pour les messages publicitaires qui nous disent combien il est bon d'acheter, de dépenser et de se soumettre au diktat du commerce. Et quand il n'y aura plus de pauvres pour nous emmerder, nous pourrons apprécier tous les efforts fournis par les TCL pour garantir notre sécurité : policiers, agents de sécurité, contrôleurs, vigiles, militaires par paquet de six, etc. Malheur à moi, femme crédule, qui ose penser que celui qui mendie est animé par la nécessité. Je suis condamnée à vivre mes transports en commun dans l'intranquillité. Et bien je le dis haut et fort, l'intranquillité me sied, car elle me rend vigilante. Fiévreuse et parfois exigeante. Elle me rend indisponible à la propagande et me permet de penser plus loin que les seuls panneaux publicitaires. 
"Je suppose que la plupart des gens, croisés au hasard des rues, emportent eux aussi - je le remarque au mouvement muet des lèvres, à l'indécision vague des yeux, ou aux prières qu'ils élèvent bien haut, avec un bel ensemble - un même élan vers cette guerre inutile d'une armée sans bannières. Et eux tous - je me retourne pour contempler leur dos de pauvres gens, leur dos de vaincus -, tous doivent connaître, comme moi, la grande, la sordide défaite, perdue dans la boue et les roseaux, mais sans la poésie des étangs, sans clair de lune pour en baigner les rives - une défaite minable et boutiquière. Ils ont tous, comme moi, une âme exaltée et triste " Fernando Pessoa - Le livre de l'intranquillité.