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La trace bleue

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Discussion avec une amie au sujet de la Biennale d'art contemporain de Lyon. Ce que l'on a aimé ou pas. Ce que l'on a retenu ou pas. Pour, elle c'est le travail d'Ernesto Ballesteros qui a été le temps fort. Pour moi aussi, sauf que je l'avais oublié. Étrange que ce moment important de ma visite ait ainsi disparu de ma mémoire. Je suis troublée. D'en discuter avec mon amie a permis aux souvenirs de ressurgir. Je revois cet endroit délimité de la Sucrière et cet homme assis face au mur concentré sur ce qu'il a entre les mains. Puis c'est l'heure comme l'indique l'affiche explicative. On s’assoit sur le banc prévu à cet effet et l’homme se lève, et lance d'un geste souple un avion ultra léger dans l'air. L'avion monte et effectue une série de rotations autour d'un poteau en béton. Sur les bancs un public silencieux, sous le charme. C'est beau, c'est apaisant. Quand l'avion a fini son vol, l'homme le récupère d'une main avant qu'il ne se retrouve au sol. Il sourit discrètement à ceux qui applaudissent. Puis il va chercher un autre avion dont il a remonté l'élastique pour permettre le mouvement de l’hélice. Un vol reprend. Même attention, même silence, même douceur. Si mon amie ne m'en avait pas parlé, ce souvenir aurait disparu, je le sens. Qu'il soit dorénavant accolé à mon trouble, lui garantit une place plus pérenne dans mon cerveau. Mais je ne peux m'empêcher de ressasser : comment ai-je pu oublier ce moment essentiel de ma visite ? Combien de souvenirs et de messages importants ai-je ainsi évacués ? Heureusement, je me raccroche à un autre constat :  se souvenir, vivre, penser ou réfléchir ne se fait peut-être pas sans les autres ? Peut-être. Il faudra que je m'en souvienne.