[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

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Mestre. Ville qui fait face à Venise, qui fait partie de la commune de Venise. Ville laide, à l'urbanisme anarchique, déroutante. 180 000 habitants dont 30 000 travaillent sur les docks de Porto Marghera et dans les usines où l'on produit des peintures, de l'aluminium, du zinc et des millions de litres d'essence. Sur une grande voie rapide, aux arrêts de bus, d'un côté ceux qui partent vers la ville mythique et, en face, ceux qui vont au boulot du côté des raffineries. Vont-ils parfois visiter la cité lacustre ? De Mestre personne ne m'en avait parlé. Pourtant, elle se voit aussi des berges de Venise. N'ai-je pas voulu entendre ou s'agissait-il d'un recadrage ? Comme l'on recadre ses photos pour retirer ce qui pourrait ternir le souvenir. Mestre, la ville hors cadre qui impose ses odeurs chimiques et ne se laisse pas facilement apprivoiser avec ses méandres de routes, de voies rapides, de détours, de ronds-points. Il pleut, nous nous réfugions au Camping Rialto qui se tient au bord d'une route bruyante et poussiéreuse. A l'abri, je lis les Nouvelles vénitiennes de Dominique Paravel. Elle y campe des personnages du XII ème  à nos jours. Je lis comment dans le passé, dans le môle se mêlaient déjà une cohue puante de marins, de pèlerins, de tailleurs de pierre, de marchands et d'Orientales. Chacun espérait trouver richesse et reconnaissance dans la ville. Dans le camping, des touristes du monde entier se croisent dans les sanitaires qui sentent le moisi et la pisse. Ils espèrent eux aussi vivre le changement en visitant la Sérénissime. On ne commerce plus de l'onguent ou des sculptures mais du souvenir et de la culture-loisir. Je viens aussi pour cela. Le lendemain, à notre arrivée à Venise, l'ami qui m'accompagne me fait remarquer que sur Piazzale Roma les bus déversent les touristes au même rythme que les camions déversent du gravier sur la place en chantier. Chacun son boulot. Venise est belle mais c'est Mestre qui me donne envie de revenir. Obsession Usine.