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L'obstination du bleu Klein.

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Depuis quelques jours le ciel n'hésite plus, il pleut. Je quitte la Maison de la Poésie du Jura, Saint-Claude en contrebas. J'écoute assez fort de la musique. The Kills. Un auto-stoppeur sur le bord de la route. J'hésite car je me sens bien, seule, dans la  voiture à écouter fort la musique. Mais pour avoir traversé la France en long et en large en stop pendant les années 80, je suis solidaire. Je m'arrête et baisse le son. Il est Allemand. Il habitait l'Allemagne de l'Est, un pays qui n'existe plus. Effacé, sauf quelques traces à Berlin, dérisoires comme les convois de Trabant pour touristes nostalgiques. Un pays absorbé par l'Allemagne de l'Ouest pour quelques Deutsch Mark.  Il est parti sur les routes. Erre, un peu, ici dans le Jura. Il me dit en riant qu'il est une victime sauvée du communisme et aussi un travailleur incompétent, feignant pour les employeurs de l'Ouest. Je l'écoute me raconter avec précision les accords de partage entre les puissants dès la fin de la première guerre mondiale et encore à la fin de la deuxième. Des accords financiers qui imposent la géographie de l'Europe. Je voudrais que le voyage dure plus longtemps, je voudrais avoir le temps de lui parler en allemand. Il a gardé un visage d'enfant même s'il approche de la quarantaine. Je le dépose vers un rond-point, on se serre la main. Il me dit s'appeler Falco. Je trouve que c'est un joli nom. Je remets la musique, j'ai comme un début de fiction en tête