[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est le bleu changeant du ciel comme une fiction.

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Justice est faite. Un homme annonce cela du sourire dans la voix. Il dit qu'un homme a été tué et que justice a été faite. Le corps de l'homme a été immergé dans la mer, ce qui est contraire à sa religion. Et tous les médias se réjouissent, la voix des présentateurs radio et télé ressassent l'information avec cette même jouissance indécente dans la voix. Ils se sentent au cœur de l'événement. Ils s'identifient à ceux qui ont traqué l'homme depuis années et l'ont tué. Chasseurs de prime du 21ème siècle. Ils sont là pour nous dire, à leur tour, que justice a été faite. Alors que la vraie justice aurait été que cet homme soit jugé. Que l'on entende sa folie, sa haine, ses raisons, ses motivations...  Et bien non. Il est cadavre et les cadavres se taisent à tout jamais, ou alors on leur fait dire ce qui arrange. Vengeance est faite. Je peux comprendre que les personnes touchées directement par l'attentat du 11 septembre se réjouissent ou se sentent soulagées...  pour l'instant. Mais comment se réjouir de la disparition du principal témoin et protagoniste de l'affaire, lorsqu'on croit à la justice pour tous ? Et comment avoir confiance dans les propos d'un chef d'état, alors qu'ils nous mentent bien souvent, surtout les chefs d'état qui souhaitent être réélus. Ne nous ont-ils pas fait croire pendant des mois que quelques points verts sur un film tremblant étaient des tirs de précision ? N'ont-ils pas inventé dans un même temps les frappes chirurgicales et les dommages collatéraux ? Ne nous ont-ils pas fait croire avec le soutien des journalistes que des armes étaient cachées partout en Irak ? Parce que celui-là est noir, parce qu'il a notre sympathie, nous devrions le croire sur parole. La mort d'un homme ne devrait jamais nous réjouir, même s'il se nomme Ben Laden. Combien d'hommes et de femmes sont morts ainsi après la deuxième guerre mondiale, trop vite et de manière malsaine, sans que nous ayons eu la chance d'entendre leur voix. Quels secrets emportent-ils avec eux ? L'apaisement sera bref et il n'est pas sûr que ce soit un pas vers la paix, il y a longtemps déjà que Ben Laden n'était plus leader du mouvement terroriste El Qaeda. La disparation volontaire de son corps laissera plus de doute sur l'identité du mort que de certitudes. Et puis l'on pourrait convoquer, ici, Aristote, Platon, Proudhon, Kant, Arendt pour nous rappeler que la justice c'est considérer chaque homme dans sa dignité indépendamment de ses qualités individuelles.Tuer un homme comme s'il était un monstre, c'est  lui faire porter, à lui seul, tout le poids d'atrocités qu'il n'a pas été seul à commettre. Comme s'il était un animal solitaire. Non vraiment, je n'arrive pas à croire que justice a été faite.