[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

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Je termine l'écriture de mon texte Unité de vie. Le personnage principal est une réfugiée bosniaque, je ne sais plus comment ce pays s'est imposé dans mon histoire mais j'ai su que c'était primordial quand le vendeur de la Fnac m'a dit, alors que je cherchais un livre sur la guerre en Yougoslavie et que je ne trouvais rien : c'est bien loin tout ça. Des centaines de milliers de morts déjà oubliés alors que les corps n'ont pas tous étaient retrouvés, enterrés. Depuis je lis Velibor Čolić et le blog de Dzana qui raconte, avec une grande simplicité et précision, ce que fut son quotidien avant et pendant la guerre à lire ici. Je regarde des vidéos dont le remarquable : La terre a promis au ciel de Sabina  Subasic et aussi l'étonnant Un pont sur la Drina de Xavier Lukomski, un plan fixe sur le pont et des voix qui racontent comment ils repêchaient chaque nuit, des cadavres jetés dans l'eau par l'armée serbe. Aujourd'hui encore, régulièrement en Bosnie sont découverts des charniers. Des hommes et des femmes volontaires, avec un grand respect et une belle obstination, déterrent des os, des bouts de vêtements, des restes de papiers pour redonner un nom aux morts, et des corps aux familles. Musulmans de Bosnie assassinés, déportés, disparus par ceux-là même qui étaient leurs voisins, leurs amis. Ce n'était pas :  il y a longtemps. C'était hier. Emportés par la guerre, emportés par les eaux de la Drina, emportés par la haine, emportés par le flot des informations. Dissous dans notre mémoire obèse qui engloutit tout et digère mal. On est sûr maintenant que  savoir ne change rien.