[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est une trace venue s'installer en moi pour en faire de l'écriture.

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Retour d'Allemagne. Déconnectée depuis 15 jours pour mieux regarder, réfléchir, ressentir  l'instant . A l'approche de la frontière, je rejoins le flux : France inter. Et les mots qui ramènent à mon pays, celui où je vis : Démantèlement des campements Roms et la fierté du ministre qui règle cela en quinze jours - pendant que les citoyens (espèrent-ils) sont ailleurs. Furieuse d'entendre le vocabulaire du journaliste - on démantèle un réseau de trafiquants, de proxénètes... mais on détruit les logements précaires des plus pauvres de l'Europe. Ceux-là qui après la chute de Ceaucescu ont perdu leur dernier moyen de subsistance : le travail dans les fermes collectives. Des hommes, des femmes et des enfants qui vivent de champignons et de pommes dans leur pays (sans eau, sans électricité, loin de toute urbanisation) et viennent mendier nos restes dans la rue.  Le journaliste qui emploie le vocabulaire des communiqués de presse, des mots pour effrayer, dissimuler, sur-jouer. Les mots de la propagande. Il faut, pour s'en convaincre, aller voir l'expo au musée de la Résistance, créée à une époque où la France accueillait encore (un peu) l'autre. Grâce à cette expo, les Roms deviennent la famille Tarzan Covaci. On les croise (peut-être encore) rue des Frères Lumière à Lyon. Dans les messages envoyés par le réseau RESF, chacun peut constater que ces "démantèlements" sont une intervention sur site avec combinaisons blanches et gants pour ne pas attraper le mal des pauvres. On jette toutes les affaires dans les bennes. Ceux qui avaient peu, n'ont plus rien. Même plus de noms, de prénoms. Ce sont les Roms et les amalgames sont faciles et bénéfiques pour détourner les regards : gitans, gens du voyages, truands, empoisonneurs de chiens, voleurs à la tire, fainéants, profiteurs du système... Alors quand des humains ne sont plus qu'un groupe que l'on désigne du doigt, que l'on chasse, que l'on accuse de tous les maux, alors oui, il faut trembler de peur, de honte et surtout d'indignation.  ©Photo d'une gravure de Käthe kollwitz prise au Schloss Gottorf de Schleswig - tirée de la série Guerre.