[le site de Fabienne Swiatly ]

L'obstination du bleu Klein.

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Ateliers à Bron, préparation d'une résidence à Vénissieux... je suis amenée à prendre souvent les transports en commun qui portent bien leur nom, celui du déplacement collectif. Et ce constat que les étrangers vivent à l'extérieur de Lyon. Plus le tram ou le bus s'éloigne du centre, plus je vois monter des noirs, des Maghrébins, des Turques. Ce n'est pas la couleur qui me fait dire qu'ils sont étrangers mais le langage qui s'échange avec un voisin ou par le téléphone. Mes questionnements à ce moment-là s'inscrivent dans bien des lieux communs de notre époque : le port du voile, l'intégration, l'apprentissage de la langue... Je me sens un peu ailleurs, je ne fais que passer.  Et aussi pendant le trajet, une scène qui ramène au fait divers, une femme très excitée qui s'énerve contre le chauffeur qui ne veut pas s'arrêter à sa demande. Un peu de peur que cela ne dégénère. Je suis dans le vif du sujet. Ce sont les mots que j'ai écrits sur mon carnet. A Bron, au centre d'hébergement Hélène Boucher, je rejoins Joseph le Rwandais, Nicolay le Russo-arménien et Fakhera l'Afghane dans la  salle de Forum Réfugiés, atelier d'écriture. Et ce texte produit ensemble et qui me ramène à mon bus et à ma distance : Je voudrais dire que la France est un pays magnifique / Je voudrais dire ce que je ne sais pas / Je voudrais dire que je suis loin de moi-même / C'est dur à dire les gens autour de toi qui te regardent toujours comme une étrangère / C'est dur à dire que je me suis perdue dans un pays inconnu / Parfois juste à côté, c'est loin.