[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est le bleu changeant du ciel comme une fiction.

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Trois classes différentes depuis mon arrivée à Bédarieux. Arts graphiques pour deux d'entre elles et lutherie. Les ateliers se déroulent à la médiathèque, on y est au calme, entourés de livres et surtout ailleurs qu'en classe. Et le mot roman qui s'affiche en lettres géantes sur le mur, derrière les rayonnages. Juste en face de moi. Impressionnant. Après une heure de lecture de mes textes,  de commentaires et de réponses aux questions, je tente de les embarquer sur un territoire d'écriture inhabituel pour eux. Leur faire comprendre que ce n'est pas les mêmes enjeux qu'un cours de français, sans dénigrer pour autant les enseignants qui acceptent d'accueillir un auteur malgré le programme. Qui acceptent de me faire une place. Emporter des groupes de 15 vers un lieu que je ne connais pas, comme je ne connais pas toujours l'avenir de mes textes. Seulement cette certitude que l'écriture va nous faire voyager. Nous aider à décrypter un petit bout du monde. De notre monde. 
La surprise à la pause, quand une autre classe vient continuer la conversation de la veille. Un garçon  me raconte avoir lu son  texte à ses parents qui doutent qu'il en fut l'auteur. Une autre qui veut me donner à lire ses textes poétiques. Celui-là qui évoque l'indifférence de ses parents. Je me sens des deux côtés. Je n'ai rien oublié de l'adolescence mais je suis  aussi une mère. Je sais l'adolescence qui fascine ou fatigue. Notre impatience devant cette période de la jeunesse. Notre envie de mettre des réponses parce que leur vocabulaire hésite. Trop chargé d'émotion. Répondre avec de l'ouverture. Aider à penser différemment. Rester à ma place.
Deux ateliers dans une même journée, ce n'est pas simple mais j'aime aussi intervenir avec la fatigue de mon corps. Travailler avec mes doutes. Mes questionnements.  Bégayer mon savoir-faire.
Pour des histoires de clé, je traîne seule dans la médiathèque un bon moment, alors  je parcours les rayonnages. J'extrais un livre jeunesse de Sarah Cohen-Scali, une biographie de Rimbaud - à partir de 12 ans. Je lis les premières pages. Voilà bien longtemps que je n'ai pas lu un livre jeunesse. L'écriture est simple mais juste.
Un livre qui tente juste de me raconter une histoire. Je le glisse dans mon sac sans demander l'autorisation à personne, puisqu'il n'y a personne. Je le rendrai. Je vais le lire ce soir, le sommeil difficile à trouver dans mon nouveau lieu. Ce soir, j'aurai 12 ans. Un instant. Un bref instant et je  vais me raconter des histoires.