[le site de Fabienne Swiatly ]

La fumée bleutée d'une Gitane ou d'une Gauloise, les cigarettes que je ne fume plus.

DSC03824

Depuis la veille, le texte d'Arno Calleja semble me souffler que je dois, avec cette classe, tenter autre chose. Prendre un risque. J'ai une hésitation qui fait que sur les trois heures d'atelier, dont une heure à l'extérieur dans les hauteurs de la ville, j'ai consacré 20 minutes à la proposition. Le texte Hargne commence ainsi : la langue qu'on nous parle nous donne la force. la langue qu'on parle nous donne la fureur. la lanque qu'on parle nous donne l'envie. la langue qu'on parle nous donne la pulse. on suit la pulse de langue qui nous traverse. elle donne pulsion. elle donne tension. on est tendu d'force lorsqu'on parle la langue... Lire la suite sur Inventaire/invention. 

Avant de lire le texte. Je leur explique, groupe où certains sont loin de la langue qui doit s'écrire en classe, que j'ai pensé à eux la veille en lisant Calleja. Je leur dis combien, en face d'eux, je sens leur vitalité (je précise que vitalité vient de vie) mais que je sens combien cette vitalité est tantôt créative, tantôt en impasse. Et je dis aussi que j'hésite avec ce texte, mais qu'ayant fait le lien avec le groupe qu'ils forment, je prends le risque que cela ne produise rien. 

Je lis donc un montage du texte. Et leur propose de m'écrire comme cela vient, ce que eux pensent du langage qui est le leur. Langage que je ne comprends pas toujours, langage qui ouvre et referme (je ne suis pas là pour jouer la complicité, mais leur offrir un territoire d'échanges), que je suis surprise d'entendre cette même langue dans les banlieues mais aussi les collèges des quartiers chics de Lyon.  L'élan était là, je les ai vu se pencher sur leur feuille. Accepter la proposition. L'extrait ci-dessous me fait regretter le retentissement rapide de la sonnerie. Aussitôt Ils ont laissé leur écrit et emmené la langue, leur langue, dehors. Enseignantes et moi, un peu seules dans le désordre des tables, mais contentes :

Mon langage est familier, je voudrais bien parler courant ou soutenu.
parfois, j’essaye de parler courant et soutenu
j’utilise des mots arabes alors que je ne suis pas arabe
mais je respecte toujours mes grands, les adultes : bonjour, au revoir, excusez-moi…

Je parle un peu, je parle le français un peu,
 j’aime un peu cette langue
j’aime le quartier des Avignonnets
 on y parle bien, on parle en turc, on parle en français
mon langage est toujours moitié.

mon langage est chelou, c’est chelou, c’est le truc qu’on dit
c’est chelou tout ce qu’on dit
mon langage déchire, mon langage pète

je parle comme je veux en arabe, en turc

personne va m’en empêcher

La langue de demain
celle de demain, c’est ma langue
je l’admets, elle est familière
familière c’est ma langue
la langue de demain