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La trace bleue

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15 - Le lieu était bien choisi, au bord d'une rivière qui fera tourner la turbine électrique. Rue de la serre au bord de l'Abîme - La réalité est plus audacieuse que la fiction - Adamas, coopérative ouvrière diamantaire, s'est installée dans l'étroit du paysage en 1920 et cessera tout activité en 1960 par manque de diamant brut - le fournisseur sud-africain s'étant tourné vers d'autres tailleurs, en Inde notamment. 

L'homme qui nous fait visiter la friche, vit depuis longtemps ici. Son père a été directeur de la Coopérative. Il vit seul dans ce quartier que l'hiver semble ne jamais vouloir quitter, le froid entretenu par l'absence de soleil. Il a racheté l'appartement dans lequel il vit, au milieu des archives paternelles. Le bâtiment est vétuste mais il tient à rester là. Seul, sans voisin avec le froid humide qui n'incite pas à la visite.   

Traversant les ateliers poussiéreux que deux hommes vident à tour de bras, il me semble entendre le bruit infernal de la turbine, des tours qui mettent parfois deux jours à scier un diamant. Une centaine d'ouvriers qui choisissent, clivent, scient, équarissent, polissent la pierre précieuse. Ouvriers qui vivent dans les maisons qui jouxtent l'usine et qui vont se mouiller le gosier à la brasserie collée aux bâtiments. 

Je photographie ce qui va disparaître dans les cartons, s'éparpiller dans les pays où l'on peut encore utiliser les vieux tours. Un bout d'histoire est emporté ailleurs. Loin. Les gars qui déménagent ne savent pas grand chose, ils font leur boulot. 

Le tremblé de certaines de mes photos n'est pas dû qu'au froid. 

L'homme nous offre un thé dans sa petite cuisine. Quelque chose de triste. L'histoire  qui se meurt et l'inquiétude de voir s'éloigner une partie du patrimoine industriel.  Et l'homme qui aime ce lieu, cette région, avant de nous laisser partir, évoque un lieu-dit où il va se promener parfois, à quelques pas de chez lui et qui porte le nom de Sous - malheur. Oui, décidément la réalité a bien plus d'imagination que la fiction. 

 

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Avant d'être un livre, c'était un fichier que j'ouvrais régulièrement. Fichier nommé d'abord Belle-mère puis Unité de vie. Fichier que j'essayais d'ouvrir avec régularité - ne pas perdre le fil du récit. Puis un jour, il y a le sentiment que le texte est fini ou pas loin. Relecture. Une longue année s'est écoulée. Envoi à un ou deux amis lecteurs, jamais plus. Ecouter leurs retours avec sérieux mais aussi de la distance. Se protéger. Puis envoyer le texte à l'éditeur. Long silence car l'attente est longue à ce moment-là. S'il dit oui, on peut passer à l'autre livre, s'il dit peut-être, il faudra retravailler. Retourner au labeur. S'il dit non,  envisager un autre éditeur, pas si simple que cela. Cette fois-ci, c'est oui. Soulagement. Même une pointe d'enthousiasme dans la voix - c'est nouveau. Puis le manuscrit revient par la poste. Il faut corriger les épreuves. Terme délicieusement sadien. Un correcteur ramène à la norme, à la grammaire, à la syntaxe, à l'orthographe. Parfois je suis d'accord avec ce qui est proposé, parfois je dois résister. Oui cette virgule, je la veux exactement à cet endroit. Je relis, j'entérine, et mon texte devient une bien pauvre chose. Une chose à l'épreuve de la norme... Trop tard pour réécrire. Corriger, corriger, corriger.. Epreuve ! Mes maigres feuillets sont mis sous enveloppe et glissés directement dans la boite aux lettres de l'éditeur. Débarrassée. Puis, il y a la photo choisie pour la couverture qui arrive par mail. Je clique, j'ouvre et je m'étonne de la similitude du modèle avec la personne qui a inspiré mon personnage. Je suis émue. Le tas de feuillets redevient livre. 

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16 - Les forges de Syam de Pierre Bergounioux. Un livre qui laisse entrevoir la fin d'un siècle industriel. Description minutieuse d'une forge au pays des lacs dans le Jura. Et la force d'une écriture comme je ne sais pas en faire, avec la grand confiance dans le descriptif. A détailler ce qui fait mur, ce qui fait toit, ce qui fait forge, ce qui fait travail. A ne rien négliger et c'est le minéral qui dessine le contour de ceux qui travaillaient et travaillent encore ici. Et combien Bergounioux voit juste en évoquant Le grand Meaulnes :
 
"On ne peut s'empêcher de songer au livre merveilleux où Alain-Fournier, en 1913, a fixé le visage de la Belle Epoque, juste avant que n'éclate l'ouragan de fer et de feu qui les emporterait tous les deux. Qui peut oublier l'instant où le grand Meaulnes, après avoir franchi un mur moussu - celui du temps - entre dans la chambre de verre ?"
 
Forges de Syam - Le grand Meaulnes, j'ai retrouvé la même délicieuse mélancolie à la lecture de l'un et l'autre livre. Regarder mourir, c'est être en vie. C'est avoir encore cette force en soi. Cette possibilité, d'écrire ce qui disparaît. Dans les deux livres, la même sensation pour le lecteur de  regarder le monde par-dessus l'épaule de l'écrivain. 
 
J'envie cette capacité modeste et exigeante d'écrire ce qui est. Laisser venir à soi avant d'y  coller sa propre histoire. Tenir à distance l'excitation qui dévore trop vite le sujet. Toujours la crainte que cela disparaisse à l'instant.
Y penser demain, quand j'irai visiter la Maison du peuple de Saint-Claude. Lieu dédié aux coopératives ouvrières, à la mise en commun de la culture, de la fraternité. Demain prendre Bergounioux par le bras, s'il le veut bien. 

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Une première pour moi. Mon texte Boire mis en scène, joué, donné par une autre voix. Incarné par une femme qui n'est pas moi. Expérience troublante. La première peur : entendre ce qui cloche dans le texte. Entendre le faible, le surfait, ce qui sonne faux. Oui surtout cela entendre ce qui sonne faux. Le premier soir, j'y vais dans un état second, très calme. Distanciée. J'entends mon texte. C'est le mien. Je le reconnais. Je me vois l'écrire. Dans l'ancien habitacle du marinier. J'habitais encore une péniche sur le Rhône. D'abord des notes sur un carnet. Puis les notes qui s'ouvrent en fragments. Ce premier jet publié dans Notes et bulletins, puis les fragments publiés aux éditions TerreNoire et enfin Ego comme X. Puis une comédienne, Anne de Boissy qui s'empare du texte, puis un metteur en scène Guy Naigeon qui s'y colle, et enfin un théâtre le NTH8 qui accueille. On n'imagine pas cela lorsqu'on écrit un livre. On espère beaucoup mais rien de précis. On est souvent à côté. Comme le livre existe en dehors de soi, il y aura de l'inattendu.

Donc le premier soir - s'asseoir sur les gradins - se pencher un peu - mettre sa tête entre les mains, les yeux rivées sur la scène et tenter d'être une spectatrice. Une main amie qui rassure avec des gestes doux et discrets. Qui redonne un contour. Et cela débute. Plonger. Etre en accord, tout de suite. Tant mieux.

Avec ce texte, toujours ma peur du rajout émotionnel. D'ailleurs c'est un des rares textes que je ne souhaite pas lire moi-même. Y mettre mon corps le rendrait insupportable. Trop de moi. Anne de Boissy dit, joue, transmet. D'habitude dans le théâtre, je suis simple spectatrice. Là je suis auteure qui spectarise (c'est le mot qui me vient). Ok. Je suis ok avec ce que je vois. Oui ok n'est jamais très loin de k.o. 

Le deuxième soir est une expérience différente. Présence de ma famille et surtout rencontre avec le public. J'écoute différemment le texte, j'anticipe les questions. Anne joue moins tendu. C'est différent de la veille. Spectacle vivant. Quelqu'un s'essuie les yeux à côté de moi, étrange. Je rejoins ensuite Anne sur scène. Répondre aux questions. Difficile, avec un texte qui affiche autant l'autobiographie, de répondre juste. Ne pas dire trop loin de ce qui a été écrit. Eviter le bavardage. Heureusement, les questions restent pour l'essentiel sur le terrain de l'écriture et de l'interprétation. Anne explique comment elle s'est appropriée le texte, comment elle négocie avec ma façon d'écrire, de ponctuer. Comment elle passe du lire au dire. Comment elle gère la distance. Je suis très contente que ce soit une femme belle qui joue ce texte.

Ensuite cette singulière confrontation pour la comédienne qui doit faire face à ceux touchés par la partie biographique du texte. La famille. Ceux qui lui disent : la femme qui raconte c'est ma mère - le frère du livre c'est mon oncle - le père du livre c'est mon grand-père. Boire est un livre où j'assume pleinement la part autobiographique. Même si l'écriture vient proposer autre chose qu'un témoignage. Mais je ne peux pas le garder à distance de mon vécu. C'est particulier de toujours devoir expliquer l'autobiographie comme matière littéraire.

Vivement que Chloé Delaume invente un autre mot qu'autofiction, déjà vieux et mâchouillé. Que l'on puisse avancer dans le mystère d'un nouveau mot sans que l'on ait à justifier ce qui est de nous ou pas. 

Dernière mise à jour 25 mars 2009 et Le mur qui chute sur France Culture ici

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Ligne de partage des os - Tentative sonore sur une improvisation de Patrick Arpino.

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Samedi, Nuit Remue à l’Espace Cerise. Je lis pour la première fois Ligne de partage des os. L’aspect technique de ma lecture - j’ai rajouté une bande son réalisée par Laurence Cernon que je dois gérer  moi-même en direct (pas de régisseur) - m’inquiète un peu. Et aussi lire ce texte pour la première fois. Poésie sur l’avortement, je n’y vais pas avec le dos de la cuillère, ni le creux des émotions. Je suis contente d’être programmée en début de soirée. Plus disponible ensuite pour écouter les autres.
A la fin de ma lecture, j'écoute les commentaires de ceux qui ont aimé. Mais je voudrais surtout connaître l’avis de ceux qui se taisent. Pas facile de s’approcher et demander. Envie de savoir et de ne pas savoir. Mais la technique a bien fonctionné, c’est déjà ça.
Puis j’écoute avec fascination (ce n’est pas le bon mot, mais émotion m’encombre trop). En tout cas j’ai écouté de tout mon corps, de tous mes nerfs la lecture de Claude Favre, accompagnée par le guitariste Yann Féry. Elle donne son texte, sa voix et son corps sans filet. Elle lit comme l’on marche sur une crête de montagne lorsqu’on est pris de vertige : ne pas s’arrêter, regarder droit devant, avancer pour ne pas tomber, rester concentré sur la marche.
Ses textes vont chercher la phrase à la limite d’un cri rentré. Dire jusqu’à l’hésitation de l’écriture car un mot ne peut contenir le monde à lui tout seul, il faut le frotter à d’autres mots. Et cette intonation qui m’intrigue que je ne sais pas nommer, et c’est Laurent Grisel qui s'adressant à elle, me donnera un début de réponse : les consonnes. C’est bon d’entendre des consonnes.
Oui il y a ce travail et cette diction qui met en avant les consonnes, qui n’étire pas la voyelle. La phrase qui vient s’appuyer sur le plus bref de la langue et des sons. Et Claude de sourire aux propos de Laurent : enfin quelqu’un qui me parle de grammaire… D’autres lectures après.  D’autres bons moments dans la soirée que l’on pourra bientôt entendre sur Remue.net, mais cet instant-là, le plus fort pour moi. Espérer que Claude pourra être entendue ailleurs. Souvent.
Puis le lendemain, la croisant sur le marché de la Poésie, elle évoque des lectures à venir, des textes publiés. Propositions qu'elle semble accepter sans crainte car c’est une méfiante. Alors je guetterai dans ces mails et  préviendrai. En attendant à lire sur Remue.net ici.

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Pour les lectures publiques de mon texte Ligne de partage des os, j'ai demandé à Laurence Cernon (la voix des Mad'leine Jack) et animatrice pendant plusieurs années de l'Orchestre des lecteurs, d'apporter une deuxième voix. Un ailleurs,  pour ce texte très lourd si on l'ancre uniquement dans le présent de l'événement : un avortement. Je voulais, par le biais d'une autre voix, plus chantée - garder un pied dans le vivant. Rappeler l'avant, l'après et l'en dehors. Depuis on se retrouve de temps à autre pour répéter, improviser, pour trouver le juste équilibre qui nous fait rester dans une lecture et non pas un spectacle. Garder l'idée de Tentatives Sonores. Patrick Dubost de la Scène poétique de Lyon, nous offre une occasion de rendre publique ce travail. Ce sera le mercredi 16 décembre à 18h30, médiathèque de la Part-Dieu à Lyon. J'ai un joli trac et Laurence aussi. @lundi27juillet2009

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Fureur de lire - Genève, atelier avec l'écrivain vivant. Ce que je précise à chaque fois et qui fais toujours rire les plus jeunes. Ils ont 12,13 ans. Je présente mes livres et c'est Boire qui les intrigue le plus. Parmi les huit élèves présents plusieurs revendiquent leurs origines portugaises, un est croate, une guinéenne. Petite séquence d'écriture. Ils se sentent à l'aise même celle qui écrit phonétiquement. Lecture à voix haute,  arrive le photographe du festival et voilà les fille qui se mettent du glosh sur les lèvres - elle n'ont pas encore l'âge du rouge - et les garçons de lisser leurs cheveux. Le photographe les impressionne à peine. Génération image. Mais ni lui, ni moi n'avons le droit de montrer leur visage sans autorisation.

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Ligne de partage des eaux est un texte poétique que j'ai écrit sans difficulté même s'il vient interroger le vécu d'un avortement (les sales histoires des femmes comme on peut l'entendre parfois). Je n'ai pas non plus de difficulté à le lire mais j'ai demandé à la chanteuse Laurence Cernon de lui apporter une deuxième voix. La mélopée du monde extérieur. Une voix extérieure au cabinet médical, à la décision prise. Ma seule présence risquait d'apporter trop de pathos.  A deux c'est mieux. J'ai travaillé un an sur ce texte, par petites touches. Comme souvent avec l'écriture poétique, j'y reviens de manière irrégulière. Cela permet de me relire  avec une certaine distance et de gommer ce qui chante trop ou se complet dans l'emphase. Antoine Emaz en parle très bien dans son livre Cambouis. Par contre, je n'étais pas certaine de son acceuil. Une lecture à l'occasion de La Nuit Remue m'a permis de vérifier que c'était un texte "partageable". Depuis le Théâtre aux mains nues, théâtre de marionnettes, a proposé de le mettre en scène. Des gens que je ne connais pas ont lu ce texte et ont eu envie de le donner à entendre à d'autres. C'est un cadeau,  comme à chaque fois que d'autres artistes se saisissent de mon travail, une grande émotion et une belle gratification. Un moteur très fort pour continuer à écrire, même si l'agenda et la course à l'argent (celui qui fait respirer le quotidien) laisse peu de temps. S'accrocher. S'entêter. Je lirai ce texte avec laurence,le vendredi 13 novembre à la médiathèque de Bédarieux et le mercredi 16 décembre à La scène poétique de Lyon. En attendant je m'obstine avec les pierres du Causse, marcher, regarder, interroger cette région quand je n'anime pas d'ateliers d'écriture.  

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C'était vendredi 27 novembre à Bédarieux. Anne de Boissy se prépare pour la représentation de  Boire. Je prends des photos, je cherche à me rendre utile. J'ai le trac. Ce n'est pas moi qui joue pourtant. J'ai confiance en Anne mais je sais que tout le long de la lecture je vais douter. Je vais être à l'affût du moindre mouvement de spectateur. Vérifier que personne ne gêne la lecture d'Anne.  Guetter la moindre faiblesse de mon texte. Et cette étrange sensation d'engloutir le public dans le pesant de l'alcool.
En attendant, j'occupe mon corps. J'installe les chaises, vérifie les ouvertures de porte, prend des photos sans réfléchir à ce que je cherche à fixer. Pas de mots plus grands que les choses, je rumine les mots de Béatrice Beck. Et puis accepter. Ne plus penser à rien. Laisser faire la comédienne, le texte, le public -  en dehors de moi. 
Le soir-même, il y aura dans la salle des participants des ateliers d'écriture, des lycéens, des enseignants, des connaissances et des inconnus. Le silence sera  intense juste avant les applaudissements, puis  la légèreté viendra avec les commentaires, les échanges, les réflexions qui donnent du sens au travail. Puis on rentre avec Anne au Campotel où on loge, on boit un verre de Faugères, même deux. On se dit que c'était bien. Et ce moment amusant où Anne pour répondre à un de mes propos, cite un passage de mon livre. J'entre en conversation avec moi-même. C'est étrange. La vie est une fiction. Je me sers un troisième verre.

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D'abord le travail en atelier que j'aime mener avec la comédienne Anne de Boissy au NTH8 - Un thème : chaussures, et le groupe que l'on embarque  dans un va-et-vient entre table d'écriture et mise en voix, en jeu. Ne pas laisser  le temps à la routine, aux clichés, aux habitudes de s'installer. dans les textes et les corps. On remet en jeu tout le temps - justement. Et cela fonctionne bien. C'est étonnant. Juste. Le week-end passe vite. Trop vite. On aimerait une journée encore pour approfondir. L'étrange surgit plus tard. D'abord la neige qui nous entoure, alors que le printemps ... puis ce livre que je prête à Anne, Hécatombe de Cécile Philippe et mes paroles : c'est une écrivain lyonnaise que j'aime bien... mais je ne sais pas ce qu'elle est devenue. Le soir même un ami m'apprend qu'elle est morte. Enterrement, il y a quinze jours. Personne ou si peu de présence pendant la cérémonie. Elle était écrivain et journaliste culturelle sur France 3 Rhône-Alpes, il y a quelques années. Elle n'était pas seule alors, entourée de ceux qui parlent avec du miel dans la voix quand vous leur ouvrez la porte des médias. Elle a tourné un documentaire sur  Louis Calaferte dont je me souviens, elle le connaissait bien. Ses cheveux coupés ras qui étonnaient à l'écran. Sa voix rauque et ses choix culturels affirmés - elle impressionnait. Elle n'était pas seule ou du moins entourée. Elle est morte. Je l'apprends dans la sécheresse d'un coup de fil malgré la voix tremblante de l'ami, Frédérick Houdaer qui donnait parfois des nouvelles d'elle sur son site.  Et je m'étonne du hasard qui m'a fait exhumer ce matin, Hécatombe, de mes piles de livres en désordre qui encombrent mon couloir. 

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Clouée au sol, au propre comme au figuré, car je n'irai pas à Berlin cette semaine pour cause de nuage islandais, et j'ai dû admettre aussi les causes de la difficulté à poursuivre mon roman : l'ennui. Puis j'ai décidé qu'il était bon que le monde reprenne ses distances et j'ai remisé la centaine de pages en cours et débuté un autre travail qui s'annonce bien, une quinzaine de pages écrites en quelques jours. Deuxième fois en un an que je renonce à finir un texte. Mais comment faire autrement  lorsque l'écriture devient ennuyeuse ? Je peux faire face à la difficulté de certains passages, à un moment de creux mais pas à l'ennui. Car je sais alors que j'ai perdu la trace de mon  sujet. 
Un sujet qui peut-être formel, politique ou émotionnel mais qui doit battre entre les lignes  du texte. Et là, il n'y avait rien, seulement des mots qui s'alignaient mollement. Rassurants à faire chiffre (j'actionne souvent la fonction statistiques pour vérifier qu'au moins le nombre de signes progresse). Donc il est archivé parmi bien d'autres histoires. Je ne pensais pas qu'un autre texte se mettrait aussi vite en route : 
I - La vie du dépliant  
Les chambres sont spacieuses, le jardin vaste, les soins de qualité, l’accueil chaleureux, la salle de bain ergonomique, les équipements adaptés aux besoins. La prestation hôtelière est en adéquation avec la clientèle, une assistance médicale est assurée 24h sur 24h. Il existe une unité protégée pour personnes dépendantes psychiques. En 2002, l’établissement  a obtenu la certification Iso 9001.
Des activités, des rencontres intergénérationnelles et des sorties sont proposées cinq jours par semaine. Un espace beauté offre les compétences d’un coiffeur, d’une pédicure et d’une esthéticienne. Les chambres sont individuelles ou communicantes.  La personne est âgée.
Les mots écrits sur le dépliant suggèrent le calme, la sérénité et une prise en charge humaine du résident. Sur les photos, les soignants sourient, uniquement des femmes en blouses blanches ou roses. La personne âgée sourit aussi. Accompagnement de fin de vie. Le dépliant ne ment pas. Sur place tout est calme. Le visiteur n’aura rien à redire. Il rangera le dépliant dans le vide poche de sa voiture ou dans une chemise cartonnée avec écrit dessus le nom de l’établissement puis il enregistrera le numéro de chambre sur  son portable.

" Tu vas être bien là "

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Les bonnes intentions ne font pas les bonnes inventions. C'était mercredi soir, place Saint Sulpice avant l'ouverture du marché de la poésie. Dans les cabanes dites des poètes, on se sent bien seul à devoir affirmer la poésie, la littérature dans le désordre de ceux qui viennent là avec peintures  légères, chaises pliantes, bouts de films, bouts de nappe, bouts de textes, de quoi boire et surtout de quoi élever la voix pour attirer vers soi ceux qui trainent là par hasard ou pour de bon. On croise des auteurs qui ont hésité à investir le lieu et que l'on sent soulagés d'avoir dit non. On est triste dans sa cabane pourtant le livre que l'on montre est beau mais la peur de le tâcher avec les verres au-dessus penchés. La poésie a  le droit de boire, certes, mais il faudrait d'abord l'entendre. Décalage dans ce fourre-tout. Confusion des genres, je perds la voix, je perds l'envie. J'ai honte un peu d'être là, à ne rien savoir faire dans ce désordre triste et vain. Puis je pense à demain quand j'entendrai le texte d'Arnaud Maïsetti qui ainsi commence : Et je me tiens debout, je n’ai pas besoin d’autres armes que mes jambes bien plantées sur le sol droit et horizontal ;

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