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L'encre du tatouage qui bleuit avec le temps.

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L'étape atelier

Le véritable intérêt des ateliers d'écriture consiste à faire lire autrement et mieux. Avec plus d'exigence - quelle que soit la motivation des participants et leur relation à la lecture. Souvenir fort d'un groupe de femmes, en formation pour les métiers du soin à la personne (comme l'on dit maintenant) et qui ont découvert dans l'atelier les textes d'Annie Ernaux et Marguerite Duras. Elles ont découvert que dans les livres, il y avait des mondes qui les concernaient elles aussi. Que c'étaient un monde accessible.

Ce jour-là j'aurais pu vendre plusieurs de leurs livres si j'en avais eu avec moi. Ne jamais oublier que la littérature s'apprivoise. Que c'est notre principale mission en animant l'atelier. Amener à une écriture vivante même quand avec des textes anciens.

Apprendre le métier d'écrivain c'est une autre histoire. Si les ateliers ont joué dans le parcours d'un auteur c'est parce que l'écriture était déjà à la bonne place.

On peut emmener les participants à poser un autre regard sur les façons d'écrire, les aider à trouver une façon de se saisir du monde. A s'autoriser des nouvelles formes d'écriture - à s'émanciper des exigences scolaire (oui surtout cela). Mais apprendre le travail d'écrivain, je n'y crois pas.

Car l'écrivain s'y colle tous les jours - même lorsqu'il n'a pas encore démarrer un chantier précis. Et c'est la confrontation quotidienne au fait d'écrire qui le fait avancer,le fait trouver. Donne de l'énergie à son travail. L'écrivain doit travailler sa matière - comme n'importe quel artiste - avec obsession. Et ce travail est viscéralement lié à sa pratique de la lecture.

Dans l'atelier on joue, on découvre, on ose. On peut avoir une "révélation" - le mot est un peu fort mais il y a de ça. On peut comprendre quelque chose à l'écriture qui était dissimulée par un ramassis d'idées préconçues sur le génie et le talent. Le métier d'écrivain est un apprentissage. L'atelier peut-être une étape pour quelques rares auteurs. Seulement une étape.

 

 

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Soudain un livre au milieu d'autres livres et c'est bonheur que de le lire. Celui-là me parle. J'anime une formation à l'animation d'ateliers d'écriture pour le Crefad. Alors que les stagiaires écrivent, je promène mon regard sur la bibliothèque de la salle. Et je prends dans une rangée L'usage de la parole de Nathalie Sarraute. Je connais assez bien les écrits de Sarraute, surtout les derniers de sa vie comme Ouvrez où elle cherche à raconter l'intérieur des mots et la mécanique de la parole. Ce qui se trame entre la mémoire et notre bouche. Cerner l'autre fiction, l'invisible, que couvre le flot des paroles.

J'avais d'autres alliés déjà comme Victor Klemperer ou Michel Volkovitch, mais j'aime que Nathalie Sarraute soit venue, ainsi, s'immiscer dans le déroulement de ma journée.

Ce livre là j'en connaissais le titre mais jamais je ne l'avais eu entre les mains.

Alors dans la salle de formation je lis et je me laisse tellement embarquer par le propos que j'en finirai par oublier l'heure. Et le merveilleux est que je trouve dans le livre de quoi nourrir une séquence de la formation autour du mot que j'avais prévu un peu plus tard. Du comment pousser ceux qui écrivent en atelier à bousculer leur vocabulaire. A creuser un peu les mots qui viennent si facilement sous le stylo. Et qui faisant surface noircie sur le papier réjouissent un peu vite son auteur.

A l'animateur de donner à sentir qu'un mot fait sens en s'appuyant sur les mots qui l'entourent. Qu'il faut lui donner de l'épaisseur, du relief, de la couleur. Et pas seulement l'encorder à d'autres mots sans réfléchir. Pas toujours évident.

Alors, le livre de Sarraute pour étoffer ma séquence. Je me réjouis, comme s'il s'agissait d'un signe du ciel, si j'ose dire. Et cela vient égayer ma journée.

Extrait :

Le mot "amour" quand il monte aux lèvres des amoureux, quand il se montre au-dehors, est comme le pavillon aux armes du souverain, qu'on hisse sur un palais pour signaler que l'hôte royal est arrivé, qu'il est là, dans ses murs.

Un palais jusqu'ici désaffecté, aux mornes salles inhabitées, qui maintenant s'anime, resplendit, nettoyé, frotté, plié, repeint à neuf, empli de toutes les choses magnifiques que "l'amour" rassemble...

Comme Dieu, celui qui a prononcé ces mots : "je vous aime" a le pouvoir de retirer ce qu'il a donné.

Mais que le mot Amour mortellement frappé s'effondre et les couronnes de carton roulent, les scpetres en cire coulent, le somptueux palais fendu en deux montre au grand jour ses boiseries, ses tentures arrachées, ses meubles et objets précieux vacillant au bord du vide.

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Trois classes différentes depuis mon arrivée à Bédarieux. Arts graphiques pour deux d'entre elles et lutherie. Les ateliers se déroulent à la médiathèque, on y est au calme, entourés de livres et surtout ailleurs qu'en classe. Et le mot roman qui s'affiche en lettres géantes sur le mur, derrière les rayonnages. Juste en face de moi. Impressionnant. Après une heure de lecture de mes textes,  de commentaires et de réponses aux questions, je tente de les embarquer sur un territoire d'écriture inhabituel pour eux. Leur faire comprendre que ce n'est pas les mêmes enjeux qu'un cours de français, sans dénigrer pour autant les enseignants qui acceptent d'accueillir un auteur malgré le programme. Qui acceptent de me faire une place. Emporter des groupes de 15 vers un lieu que je ne connais pas, comme je ne connais pas toujours l'avenir de mes textes. Seulement cette certitude que l'écriture va nous faire voyager. Nous aider à décrypter un petit bout du monde. De notre monde. 
La surprise à la pause, quand une autre classe vient continuer la conversation de la veille. Un garçon  me raconte avoir lu son  texte à ses parents qui doutent qu'il en fut l'auteur. Une autre qui veut me donner à lire ses textes poétiques. Celui-là qui évoque l'indifférence de ses parents. Je me sens des deux côtés. Je n'ai rien oublié de l'adolescence mais je suis  aussi une mère. Je sais l'adolescence qui fascine ou fatigue. Notre impatience devant cette période de la jeunesse. Notre envie de mettre des réponses parce que leur vocabulaire hésite. Trop chargé d'émotion. Répondre avec de l'ouverture. Aider à penser différemment. Rester à ma place.
Deux ateliers dans une même journée, ce n'est pas simple mais j'aime aussi intervenir avec la fatigue de mon corps. Travailler avec mes doutes. Mes questionnements.  Bégayer mon savoir-faire.
Pour des histoires de clé, je traîne seule dans la médiathèque un bon moment, alors  je parcours les rayonnages. J'extrais un livre jeunesse de Sarah Cohen-Scali, une biographie de Rimbaud - à partir de 12 ans. Je lis les premières pages. Voilà bien longtemps que je n'ai pas lu un livre jeunesse. L'écriture est simple mais juste.
Un livre qui tente juste de me raconter une histoire. Je le glisse dans mon sac sans demander l'autorisation à personne, puisqu'il n'y a personne. Je le rendrai. Je vais le lire ce soir, le sommeil difficile à trouver dans mon nouveau lieu. Ce soir, j'aurai 12 ans. Un instant. Un bref instant et je  vais me raconter des histoires.

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Spectacle en cours qui sera présenté en avant première à la fête de quartier du Terraillon à Bron où nous proposons des ateliers (écrits, maquettes, théâtre...) qui accompagneront la création. Hier, j'ai assisté à une répétition des Constructeurs, théâtre burlesque comme aime l'exploiter Nicolas Ramond. Nous sommes aux ateliers Frappaz de Villeurbanne, ruche d'artistes au boulot. Il fait beau. Comédiens, metteur en scène tâtonnent pour mettre sur pied un spectacle sans texte. Temps mort, temps fort. Fragile avancée de la création. Dans les ateliers, la costumière coud, le décorateur cloue une cabane, la maquilleuse s'imprègne du spectacle. Je photographie. Travail en cours, work in progress, j'aime assister à ces moments dont il ne faut pas attendre de résultat mais apprécier la recherche. Accepter que cela puisse être ennuyeux, inégal. Nous discutons d'ailleurs de la mode des répétitions ouvertes au public qui ne mettent pas toujours les créateurs à l'aise. Le public qui s'attend à un spectacle. Commentaires précoces qui peuvent déstabiliser. Faut-il donner à voir ce qui se cherche encore ? Souvenirs de certains spectacles qui semblaient inachevés quelques heures avant la première parce que toute l'énergie de la création ne parvient à s'exprimer qu'au moment de la représentation publique. Comme écrivain,  je n'aimerais pas que mes lecteurs se penchent sur mon travail en cours. Déjà que j'ai du mal à rester à distance des commentaires que j'entends pendant les rencontres ou les lectures. Travailler dans la discrétion. Travailler ailleurs.Travailler loin.

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Ateliers à Bron, préparation d'une résidence à Vénissieux... je suis amenée à prendre souvent les transports en commun qui portent bien leur nom, celui du déplacement collectif. Et ce constat que les étrangers vivent à l'extérieur de Lyon. Plus le tram ou le bus s'éloigne du centre, plus je vois monter des noirs, des Maghrébins, des Turques. Ce n'est pas la couleur qui me fait dire qu'ils sont étrangers mais le langage qui s'échange avec un voisin ou par le téléphone. Mes questionnements à ce moment-là s'inscrivent dans bien des lieux communs de notre époque : le port du voile, l'intégration, l'apprentissage de la langue... Je me sens un peu ailleurs, je ne fais que passer.  Et aussi pendant le trajet, une scène qui ramène au fait divers, une femme très excitée qui s'énerve contre le chauffeur qui ne veut pas s'arrêter à sa demande. Un peu de peur que cela ne dégénère. Je suis dans le vif du sujet. Ce sont les mots que j'ai écrits sur mon carnet. A Bron, au centre d'hébergement Hélène Boucher, je rejoins Joseph le Rwandais, Nicolay le Russo-arménien et Fakhera l'Afghane dans la  salle de Forum Réfugiés, atelier d'écriture. Et ce texte produit ensemble et qui me ramène à mon bus et à ma distance : Je voudrais dire que la France est un pays magnifique / Je voudrais dire ce que je ne sais pas / Je voudrais dire que je suis loin de moi-même / C'est dur à dire les gens autour de toi qui te regardent toujours comme une étrangère / C'est dur à dire que je me suis perdue dans un pays inconnu / Parfois juste à côté, c'est loin.

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Je m'appelle Loumeo

J'ai 7ans

Ma main touche la vie

Ma main brille de mille feux

L'horloge me fait les gros yeux

Le vent froisse mon cahier.

Les Adrets, classe de Marylin à l'école des Adrets. Dehors le Massif de Belledonne.

Ateliers d'écriture à l'initiative de Scènes Obliques

 

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Cette photo m'émeut beaucoup sans que je parvienne à en cerner les raisons profondes. Collège Léonce Vieljeux à Les Vans en Ardèche. Une rencontre avec 80 élèves de 3ème. Deuxième jour de cours depuis la rentrée. Chef d'établissement sceptique, ce n'est pas lui qui a initié le projet. La convention a été signée avec le Festival Essayages alors il est contraint. Il m'accueille tout de même, me présente aux élèves ce qui est une démarche rare. Dans la plupart des écoles, collèges, lycées et universités où je suis invitée, le principal, chef, directeur etc. se fichent de ma présence, accaparés par les obligations administratives. Le cadre avant les contenus. Parfois même j'ai le sentiment qu'ils craignent que cela se passe mal et préfère ne rien en savoir. Très souvent je ne les voix pas. Donc, élèves de 3ème que j'invite à découvrir mon atelier d'écrivain. Je raconte le parcours, lis des extraits de mes livres, montrent mes carnets et journaux de bord, lis des extraits de textes en chantier. 50 minutes d'attention et quelques questions à la fin. A une professeure qui me félicite, je réponds une évidence : suffit de les intéresser. Car je n'ai pas oublié qui j'étais au même âge, traversée par le doute, encombrée par mon corps de femme en devenir, emballée par la professeure d'histoire que je trouvais belle et passionnante, mal menée par le professeur de maths qui me trouvait insolente et moche. Et souvent l'ennui. Alors je choisis des passages de textes qui peuvent entrer en résonance avec leurs peurs, leurs désirs, leurs doutes, je varie les rythmes. Heureusement je n'ai pas de programme à tenir, même si le principal m'a demandé d'être pédagogique ... Ce qui m'émeut également c'est qu'à cet âge, je doutais de mon avenir et j'aurais été fière de découvrir cette photo de moi plus tard. Heureuse de faire le métier d'écrivaine, heureuse de ce plaisir d'être avec des jeunes. Peut-être aussi que je possède nombreuses photos des élèves, des ateliers mais rarement de moi en action. C'est l'éditeur Yves Olry qui a eu la bonne idée de saisir ce moment. Comme tout le monde,  j'ai besoin de voir ce en quoi je crois, surtout pour les jours gris de l'écriture quand le doute empêche d'avancer. 
 
 

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Parfois les ateliers d'écriture ne sont pas une rencontre, parfois c'est raté et ce n'est pas forcément avec des classes dites difficiles, au contraire. Car c'est le plus souvent avec ces classes (où se retrouvent les pauvres, les immigrés et enfants d'immigrés, les mal-orientés, ceux des Zep, des Segpa, des Ulis et tous ceux des zones si joliment nommées zones sensibles...) que je parviens à être étonnée, émue, transportée et parfois aussi car cela a du bon, à être dérangée. Car ces jeunes qui se frottent au rugueux de la vie depuis leur plus jeune âge, ont déjà déployé bien des compétences pour avancer, tenir le coup, progresser. Et ma présence, mes lectures, mes propositions d'écriture les intriguent, les stimulent  car très vite, ils comprennent que la littérature exige une implication forte. Et je peux leur lire Edith Azam, Valérie Rouzeau, Wladimir Maïakovski ou Tarkos, et ils auront la curiosité d'écouter, de comprendre et d'être touché. Un mauvais élève n'est pas un cossard, au contraire, il faut beaucoup d'énergie pour continuer à en être quand on ne rassure pas l'institution. Souvenir d'avoir passé un dimanche entier à mettre à jour un quelconque cahier (contrôle du professeur) et pour gagner du temps, je recopiais une phrase sur deux à partir des notes de la première de la classe (celle qu'on donnait en exemple en cours ou pendant les repas de famille - et que j'ai revu trente ans plus tard, à moitié folle dans les rues de Metz et qu'elle avait ri de sa bouche sans dents quand je lui ai rappelé son statut de meilleure élève). Une phrase sur deux - d'où mon goût peut-être pour la brièveté. Ce sont les plus dociles qui parviennent à se glisser dans le tranquille du moule. Ils ne dérangent personne. Ils ont compris très vite les codes des dominants et reproduisent. Et quand ils sont majorité dans une classe, je sais que cela va être difficile. Dociles ils m'écouteront, ne feront pas de conneries, mais rien ne sera donné. Ils attendront la fin de l'heure et me laisseront seule, dépitée et parfois en colère. Ils sont dans le mou de l’institution : pas d'excellence, pas de répondant non plus. Et leur professeur espérait que mon intervention parviendrait à les réveiller, mais ce ventre mou est difficile à combattre, il est pétri d'habitudes, de peurs et de soumissions. C'est en réfléchissant à tous les ateliers que j'ai animés (des centaines) que j'ai fait le constat. Les bons souvenirs sont toujours liés à des classes dites difficiles. Alors je glisse ici un mot presque désuet pour conclure même s'il ouvre la porte plus qu'il ne la referme : insoumission. 

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Lycée privé catholique sous contrat avec l’État comme on dit. En pays des Mauges, il y a beaucoup plus d'écoles privées que d'écoles publiques. L'enseignant a préparé ma venue, me dit-il. Les élèves ont lu Gagner sa vie et il me montre une grande feuille d'exposé jaune vif (en Moselle nous appelions cela des rapports) avec collés dessus quelques photos de moi et des bouts de textes récupérés sur Internet. C'est écrit gros, souligné de nombreux traits. Stratégie de remplissage. Je pensais que cette exercice était révolu surtout en classe de seconde. C'est pauvre. C'est moche. L'enseignant m'emmène dans un amphi où une quarantaine d'élèves m'attendent. Je me présente. Je lis un extrait de texte et demande s'ils ont des questions à poser. Personne ne se manifeste. Je demande où est celui qui a préparé les questions comme l'enseignant m'en a parlé. A l'infirmerie ! Les autres n'ont pas les questions et ne peuvent donc pas me les poser. J'hésite à partir. Je suis polie. Je lis d'autres extraits.Toujours aucune question. Alors je demande qui a lu le livre ? Personne. Qui en a lu des extraits ? Personne. Qui l'a eu, au moins, entre les mains ? Personne. Le seul qui aurait pu dire oui est à l'infirmerie. Je souris. Dépitée. J'écourte. Le professeur s'excuse vaguement et me dit qu'il en sera bien resté quelque chose. Je hausse les épaules. Vient un élève qui me remercie pour mes lectures et nous livre : J'étais nul en orthographe, ça stressait ma mère. Mais J'ai arrêté d'avoir des otites, le jour où elle a arrêté de me crier dessus à cause de mes fautes ! Il sourit l'air malin. Moi aussi. Il en restera bien quelque chose. 

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Coudre des jours. C'est en lisant Lucarnes de Jeanne Bastide aux éditions l'Amourier  que j'ai découvert cette expression liée à la broderie, alors j'ai eu envie à mon tour de coudre des jours dans un carnet. Ralentir le temps, occuper mes mains et penser. Penser à ceux qui s'échouent sur les plages d'Europe, de Turquie, ceux que l'on nomme migrants. Bien sûr il y a l'urgence et il faut soutenir une association, aider financièrement, manifester, offrir un gîte ... mais il y a aussi écrire sur ça, autour de ça, à partir de ça pour que ça devienne visage, nom, prénom, pays, histoire. Alors le vocabulaire de la couture et de la broderie comme une porte possible : fil, chaîne, nœud, embue, point de soutien ... Tissu. Tissu social. Trames et lisières. Mêler du langage tout en cousant grossièrement, mais sérieusement des fils dans un carnet rouge. Ralentir le flux d'informations pour comprendre mieux et parvenir à se situer dans le temps présent. Ne pas devenir folle. Ne pas désespérer. Et se souvenir que sur la carte d'identité, jusqu'à l'âge de 12 ans, il était écrit réfugiée polonaise. Je n'ai pas vécu le drame de ceux qui fuient la guerre, les dictatures et la misère, mais tout de même. C'est à l'intérieur de moi. Alors la lenteur du point, le fragile du fil, relire les articles et noter ce qui semble important. Relier le tout. Points de suture. Coudre des jours pour éviter la panique : 
   " Regarde-les donc bien, ces apatrides, toi qui as la chance de savoir où sont ta maison et ton pays, toi qui à ton retour de voyage trouves ta chambre et ton lit prêts, qui as autour de toi les livres que tu aimes et les ustensiles auxquels tu es habitué. Regarde-les bien, ces déracinés, toi qui as la chance de savoir de quoi tu vis et pour qui, afin de comprendre avec humilité à quel point le hasard t'a favorisé par rapport aux autres. Regarde-les bien, ces hommes entassés à l'arrière du bateau et va vers eux, parle-leur, car cette simple démarche, aller vers eux, est déjà une consolation ; et tandis que tu leur adresses la parole dans leur langue, ils aspirent inconsciemment une bouffée de l'air de leur pays natal et leurs yeux s'éclairent et deviennent éloquents." VOYAGES Stefan Zweig 

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