[le site de Fabienne Swiatly ]

Le fond d'écran de l’ordinateur qui aspire.

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Une première pour moi. Mon texte Boire mis en scène, joué, donné par une autre voix. Incarné par une femme qui n'est pas moi. Expérience troublante. La première peur : entendre ce qui cloche dans le texte. Entendre le faible, le surfait, ce qui sonne faux. Oui surtout cela entendre ce qui sonne faux. Le premier soir, j'y vais dans un état second, très calme. Distanciée. J'entends mon texte. C'est le mien. Je le reconnais. Je me vois l'écrire. Dans l'ancien habitacle du marinier. J'habitais encore une péniche sur le Rhône. D'abord des notes sur un carnet. Puis les notes qui s'ouvrent en fragments. Ce premier jet publié dans Notes et bulletins, puis les fragments publiés aux éditions TerreNoire et enfin Ego comme X. Puis une comédienne, Anne de Boissy qui s'empare du texte, puis un metteur en scène Guy Naigeon qui s'y colle, et enfin un théâtre le NTH8 qui accueille. On n'imagine pas cela lorsqu'on écrit un livre. On espère beaucoup mais rien de précis. On est souvent à côté. Comme le livre existe en dehors de soi, il y aura de l'inattendu.

Donc le premier soir - s'asseoir sur les gradins - se pencher un peu - mettre sa tête entre les mains, les yeux rivées sur la scène et tenter d'être une spectatrice. Une main amie qui rassure avec des gestes doux et discrets. Qui redonne un contour. Et cela débute. Plonger. Etre en accord, tout de suite. Tant mieux.

Avec ce texte, toujours ma peur du rajout émotionnel. D'ailleurs c'est un des rares textes que je ne souhaite pas lire moi-même. Y mettre mon corps le rendrait insupportable. Trop de moi. Anne de Boissy dit, joue, transmet. D'habitude dans le théâtre, je suis simple spectatrice. Là je suis auteure qui spectarise (c'est le mot qui me vient). Ok. Je suis ok avec ce que je vois. Oui ok n'est jamais très loin de k.o. 

Le deuxième soir est une expérience différente. Présence de ma famille et surtout rencontre avec le public. J'écoute différemment le texte, j'anticipe les questions. Anne joue moins tendu. C'est différent de la veille. Spectacle vivant. Quelqu'un s'essuie les yeux à côté de moi, étrange. Je rejoins ensuite Anne sur scène. Répondre aux questions. Difficile, avec un texte qui affiche autant l'autobiographie, de répondre juste. Ne pas dire trop loin de ce qui a été écrit. Eviter le bavardage. Heureusement, les questions restent pour l'essentiel sur le terrain de l'écriture et de l'interprétation. Anne explique comment elle s'est appropriée le texte, comment elle négocie avec ma façon d'écrire, de ponctuer. Comment elle passe du lire au dire. Comment elle gère la distance. Je suis très contente que ce soit une femme belle qui joue ce texte.

Ensuite cette singulière confrontation pour la comédienne qui doit faire face à ceux touchés par la partie biographique du texte. La famille. Ceux qui lui disent : la femme qui raconte c'est ma mère - le frère du livre c'est mon oncle - le père du livre c'est mon grand-père. Boire est un livre où j'assume pleinement la part autobiographique. Même si l'écriture vient proposer autre chose qu'un témoignage. Mais je ne peux pas le garder à distance de mon vécu. C'est particulier de toujours devoir expliquer l'autobiographie comme matière littéraire.

Vivement que Chloé Delaume invente un autre mot qu'autofiction, déjà vieux et mâchouillé. Que l'on puisse avancer dans le mystère d'un nouveau mot sans que l'on ait à justifier ce qui est de nous ou pas. 

Dernière mise à jour 25 mars 2009 et Le mur qui chute sur France Culture ici

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D'abord le travail en atelier que j'aime mener avec la comédienne Anne de Boissy au NTH8 - Un thème : chaussures, et le groupe que l'on embarque  dans un va-et-vient entre table d'écriture et mise en voix, en jeu. Ne pas laisser  le temps à la routine, aux clichés, aux habitudes de s'installer. dans les textes et les corps. On remet en jeu tout le temps - justement. Et cela fonctionne bien. C'est étonnant. Juste. Le week-end passe vite. Trop vite. On aimerait une journée encore pour approfondir. L'étrange surgit plus tard. D'abord la neige qui nous entoure, alors que le printemps ... puis ce livre que je prête à Anne, Hécatombe de Cécile Philippe et mes paroles : c'est une écrivain lyonnaise que j'aime bien... mais je ne sais pas ce qu'elle est devenue. Le soir même un ami m'apprend qu'elle est morte. Enterrement, il y a quinze jours. Personne ou si peu de présence pendant la cérémonie. Elle était écrivain et journaliste culturelle sur France 3 Rhône-Alpes, il y a quelques années. Elle n'était pas seule alors, entourée de ceux qui parlent avec du miel dans la voix quand vous leur ouvrez la porte des médias. Elle a tourné un documentaire sur  Louis Calaferte dont je me souviens, elle le connaissait bien. Ses cheveux coupés ras qui étonnaient à l'écran. Sa voix rauque et ses choix culturels affirmés - elle impressionnait. Elle n'était pas seule ou du moins entourée. Elle est morte. Je l'apprends dans la sécheresse d'un coup de fil malgré la voix tremblante de l'ami, Frédérick Houdaer qui donnait parfois des nouvelles d'elle sur son site.  Et je m'étonne du hasard qui m'a fait exhumer ce matin, Hécatombe, de mes piles de livres en désordre qui encombrent mon couloir. 

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Laboratoire. C'est le mot pour qualifier le travail que nous menons avec les dix acteurs compagnons du NTH8, Anne de Boissy - comédienne, Géraldine Berger - performeuse et moi-même. Recherche sur le corps, les mots, la littérature autour d'un même thème : vertige. Stimulant. Une grande chance de pouvoir vivre cela. Un vrai espace de travail  qui permet d'aller chercher ce que l'on ne sait pas encore. Mettre en commun des sensations, des clichés, des certitudes,des doutes et poser les bases d'un travail théâtral. Un grand luxe de temps, d'espace  pour chercher ce que l'on ne connait pas, du moins sous cette forme là. Et  le propos d'Antoine Emaz lu dans Cambouis qui soutient  "Il faut maintenir les conditions d'une absolue liberté d'écrire, tant pour les formes que pour les forces; cela ne veut pas dire écrire n'importe quoi n'importe comment, cela veut dire obéir à la nécessité interne du poème, et pas à d'autres contraintes. Et tant pis si le poème ressasse ou à l'inverse désoriente : nécessité fait loi. Le poète reste aveugle sur ce qui vient; il ne peut prévoir ce qu'il faut écrire. Surtout, il ne doit pas se caler sur ce qu'il a écrit et formater un produit consommable, labellisé"

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Empêchement - c'était le thème du laboratoire. Huit Compagnons-comédiens pour déplier le mot, puis l'improviser, le jouer, le mettre en voix. Quatre journées de laboratoire au NHT8 avec la comédienne Anne de Boissy et la performeuse Géraldine Berger. D'abord on se donne quelques repères : barrière, butoir, pierre d'achoppement, mur,  écran, cloison, découragement, poisse, malchance, grain de sable, goulot d'étranglement... Puis on tâtonne ensemble jusqu'à trouver des idées, des brèches. On travaille et on y trouve de la joie. Ce mot de joie que j'utilise beaucoup en ce moment même s'il sonne quelque peu désuet. Un petit air d'école du dimanche. Mais je n'aime pas qu'un mot soit propriété privée d'un milieu social. Quand j'éprouve de la joie à travailler, je tiens à l'exprimer et youpla boum !

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