[le site de Fabienne Swiatly ]

La fumée bleutée d'une Gitane ou d'une Gauloise, les cigarettes que je ne fume plus.

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Lundi prochain, le 5 janvier, je débute ma résidence dans le Jura à Cinquétral dans les hauteurs de Saint-Claude - Cinq mois en tout. Comme entrée en matière, cet extrait de la lettre de motivation que j'ai envoyée au CNL pour obtenir une bourse d'écriture (je n'ai pas encore la réponse, mais heureusement les militants du livre et de la littérature ont l'art de la débrouille. Et que ceux qui s'imaginent que les ouvriers de la culture (oui j'utilise volontairement le mot) sont des paresseux, qu'ils viennent jongler avec nos entrées financières à venir, en cours, en attente de - ils verront qu'il faut avoir les bras bien musclés pour ne pas tout laisser tomber) :

"Il est vrai qu’au départ, Saint-Claude n’exerçait pas une attraction particulière sur moi. Un sentiment vague d’une ville froide et sur le déclin. Lointaine. Rien de plus.
Quand l’association Saute-frontière m’a proposé une résidence, j’ai été voir de plus près ce que cette ville avait à me raconter. La brume s’est levée et j’ai découvert une histoire riche et singulière .
Il y a eu l’industrie lapidaire et diamantaire, et les friches laissées par l’industrie plasturgique qui a quitté l’étroit de la ville pour s’installer plus loin – au large. Cette rude mutation, je l’ai lue, je l’ai entendue et déjà entraperçue.

Et c’est cela qui m’intéresse : que suis-je en mesure de voir, d’entendre, de saisir d’une histoire qui n’est pas la mienne ?

Saint-Claude n’est pas une ville évidente, elle ne s’offre pas facilement aux nouveaux venus, mais j’aime les contacts rugueux. Je suis imprégnée depuis mon enfance par ces régions où le travail a permis et aussi enlevé, où le ciel n’a pas toujours l’évidence des beaux jours, où les hommes et les femmes font face à des géographies et des économies difficiles.
Et petit à petit, j’ai observé qu’il existait en ce lieu une vitalité, parfois bougonne et Saint-Claude m'intéresse particulièrement pour ces réalisations concrètes d'une utopie sociale : coopérative d'alimentation, syndicats, mutuelles, organisations culturelles...

Certaines personnes rencontrées lors d’une journée de sensibilisation organisée dans la ville, m’ont proposé des visites de friches, un accès à de la documentation, de partager leur histoire familiale... Je me suis sentie alors accueillie.

Mon regard aimerait aussi se porter plus loin, d’abord à flanc de montagne puis sur les hauteurs. Changer d’optique, et revenir à nouveau au plus près des habitants de la ville. Car eux aussi sont imprégnés par les hauteurs du paysage.

Le chantier que je souhaite mener pendant ma résidence devrait aboutir à un texte poétique dans la lignée de
Jusqu’où cette ville. Il sera nourri par mes ateliers d’écriture avec les habitants, adultes et enfants .
Je tiendrai également un journal de bord avec des photos que je conçois comme une autre forme de questionnement de l’histoire à travers le paysage rural et urbain.

Des lectures publiques sont prévues – et peut-être d’autres événements ou productions dont je ne sais rien là immédiatement car il est bon aussi de laisser faire la rencontre.

Aller vers et laisser venir. Je suis confiante."

Dernière mise à jour lundi 29 décembre 2008 dont les rendez vous à lire ici

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Cinquétral. Résidence. Jura. Neige. Froid. Verglas. Je prends mes marques. Je m'acclimate. Je vais passer cinq mois dans une maison au coeur d'un petit village à plus de 900 mètres d'altitude ; accueillie par Saute-frontière et la Maison de la poésie Transjurasienne. Ateliers d'écriture, lectures, échanges... Haut-Jura.

Depuis que je suis là, je sens combien je suis réglée sur le rythme des grandes villes. New-york, Berlin m'ont moins effrayées que la traversée silencieuse des grandes étendues de neige au soir tombant, la ligne sombre des sapins qui rayent l'horizon alors que je tente de rejoindre le gîte par une route secondaire, l'autre étant coupée pour cause d'incendie.

Mais je sais que je vais m'habituer et prononcer Moré et non pas Morèze pour Morez. Je vais laisser faire la rencontre, elle m'intéresse. Je prends des notes, je prends des photos. Je tente de décrypter ce que l'on me raconte avec beaucoup de franchise. Les histoires de territoire, d'usines qui vont peut-être fermer, les néo-ruraux et ceux d'ici, les moutons qui auraient eu froids, les taiseux, les bavards, les intellectuels, les manuels, la plasturgie, la lunette, la pipe, les raquettes, le ski de fond, le chauffage au bois ou au gaz, la Cure avec sa frontière suisse, les tempêtes, les maisons à chauffer, les pauvres, les riches, Champion racheté par Carrefour ... J'écoute. Parfois la peur que tout cela ne fasse pas sens.

Et c'est dans la généreuse bibliothèque de la Maison de la Poésie, que je trouve une première réponse, C'est Agir écrire de Pierre Bergounioux publié en 2008 chez Fata Morgana qui m'attire l'oeil (celui qui pense). Le titre semble me rappeler à l'ordre. Et l'ouvrant je lis ces mots : La littérature est conscience du monde. Elle diffère de la philosophie en ce qu'elle ne renvoie ni au ciel des idées ni aux fondations enfouies de la métaphysique, et aussi de l'histoire, parce qu'elle s'écrit à hauteur d'homme, sous la lumière changeante et le vent fugitif du présent.


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 LP Pré Saint-Sauveur 

Classe de Djenny Caplat

La neige devant moi

On  change d'aire

Penser à rien

 

 

 

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