[le site de Fabienne Swiatly ]

Le métallisé des eaux profondes, le bleu glacé des torrents.

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8 - Amnéville. La ville où je suis née. Invitée par la librairie Géronimo de Metz, cela me donne l'occasion de revoir une partie de ma famille et donc la ville. J'ai acheté un nouvel appareil photo, plus performant, mais que je ne maîtrise pas. Cela m'angoisse un peu. Difficile de faire des bonnes photos avec un outil qui ne nous est pas familier. Incertitudes sur ce qui se passe entre mon regard et l'appareil.

Arrivée la veille, sous un soleil exceptionnel, je décide de me lever tôt. Par la fenêtre je constate la présence d'un lourd brouillard humide. Je décide de photographier tout de même. Dehors il fait frais. En voiture, je me perds. La ville a beaucoup changé et le brouillard cache mes repères habituels. Je n'arrive pas à trouver l'usine, Arcelor-Mittal. Rien que du brouillard et une lumière sale - je ne trouve pas d'autres mots. Je reprends le volant, je tourne dans le coin : Gandrange, Rombas, Hagondange... rien à photographier. Je m'arrête vers la cimenterie. Quelques clichés dont celle affichée plus haut. L'usine se dérobe.

Le lendemain soleil à nouveau mais la journée est prise par un interview avec le Républicain Lorrain, journal local, et la visite de la famille. Puis la rencontre à la librairie. Je passe un bon moment et nous prenons le temps de boire un verre sur une terrasse au pied de la magnifique cathédrale de Metz. Une belle journée d'automne.

Ce matin, le réveil me surprend en plein rêve. Je me sens en forme mais la fenêtre m'annonce , qu'aujourd'hui encore, le brouillard fera obstacle à mes images. C'est un brouillard lourd qui ne se dissipe pas facilement. Alors je décide de mettre une photo en ligne et de consacrer du temps au site. Reculer le moment de faire des photos mais je sens bien que l'usine se dérobera à nouveau.

Il faudra donc revenir ?

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13 - Un jour j'ai vu l'usine. Un jour je suis sortie des limbes de l'enfance. L'usine, jusqu'alors, c'était la normalité des familles d'Amnéville. Amnéville que nous nous appelions encore les jours d'ennui : Stahlheim, foyer de l'acier - nom hérité de l'occupation allemande. Je vivais dans un ici qui ne savait rien, vraiment rien de l'ailleurs. Le seul imaginable est celui des contes de fées, irréel.

J'ai donc ouvert les yeux après avoir lu Germinal de Zola. Lecture imposée par l'école ou par le hasard de mes recherches dans la petite bibliothèque familiale. J'ai ouvert le livre et ne l'ai pas quitté de la journée, ni du soir. Le corps replié dans le divan de la salle à manger et la tête loin. Loin comme jamais aucun livre ne m'a emmenée. Je décille les yeux et la mémoire. J'entrouvre, pour la première fois, le livre de mon histoire.

Les Maheu sont devenus ma famille, encore maintenant je pense à eux et pleurs la mort de Catherine comme celle d'une grande soeur. Etienne Lantier a été le guide de ce jour de mon enfance, douze ans il me semble. Dans le livre, je découvre que je fais partie d'un monde beaucoup plus grand qu'Amnéville. J'appartiens au monde ouvrier. J'appartiens à la famille des humains qui donnent leur corps au travail. Des familles toujours à la surface de la misère. Des petites gens, nombreux, qui font vivre généreusement des gens moins nombreux et que l'on devrait remercier.

Je découvre aussi que l'histoire de ma famille peut entrer dans un livre, dans un roman. Je ne savais pas cela possible.

J'apprends que les ouvriers se révoltent parfois. Que les ouvriers refusent et que même s'ils perdent la bataille, il y a du mieux. Je découvre que l'on peut dire non à sa destinée et que cela demande du courage.

Dans Germinal, il y a mon histoire. Personne, ni mes parents, ni mes voisins, ni mes professeurs ne me l'ont racontée. Laissant seulement soupçonner qu'il pourrait y avoir autre chose pour moi que Stahlheim, en m'obligeant à travailler à l'école pour devenir quelqu'un de bien à l'âge adulte.

Peut-être qu'il y a eu des propos à la maison ou dans la salle de classe, mais je ne devais pas écouter. J'étais absente. Peut-être, est-ce la fiction qui m'a permis alors de me saisir de la réalité. J'entre dans le livre, et j'entre dans un texte qui parle de moi, de nous. Ce jour-là, je comprends que la littérature n'est pas une simple occupation.

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Amnéville, la ville où je suis née. La ville qui s'impose souvent dans mes textes, mes récits, mes photos. Amnéville, entre Metz et Thionville, la ville qui partage le territoire avec Uckhange, Silvange, Hayange, Talange, Hagondange ... Les patelins en ange comme dans la chanson de Lavilliers. Amnéville qui partage aussi son territoire avec Arcelor Mittal, Unimétal, Usinor et des sources thermales. Les cafés du bas de la ville se font rares. Ma sœur aussi a tiré les rideaux sur la brasserie du Stade pendant que dans la forêt (en haut) on peut miser au casino, transpirer dans les hammams, nager dans un bassin olympique et skier sur la plus grande piste de ski indoor. En haut du clinquant et du vite bâti, en bas la vieille ville qui étire son ennui malgré les maisons ouvrières rénovées. Jean Kiffer a été son maire pendant plus de 45 ans, un record. Il s'est fait connaitre pour ses amitiés avec Charles Pasqua, son accueil chaleureux de Jean-Marie Le Pen, sa cécité quant à l'apartheid en Afrique du Sud et sa capacité à s'approprier des terrains pour y bâtir son rêve de loisirs. Les Amnévillois lui sont grés d'avoir donner des couleurs à la ville pendant la grande crise des années 70. Il y a quelques temps, il a créé le buzz en déclarant Amnéville principauté de Stahlheim (son nom sous l'occupation allemande). Puis il est mort, seul devant sa télé, laissant Amnéville avec quelques millions d'Euros de dettes. Son adjointe découvre la catastrophe après quinze années de présence (on n'ose pas dire de participation) au Conseil municipal. Tous les deux ou trois ans, je retourne dans la ville de mon enfance et je prends des photos. Mon ancienne école est devenue une médiathèque, le champ de mon enfance est recouvert de maisons prétentieuses malgré les pylônes électriques qui traversent le lieu et l'omniprésence d'un grésillement inquiétant. Quand j'en ai marre de marcher, je vais boire un verre chez Dédette et finis toujours par en boire plusieurs. Les mots souvent me manquent pour décrire ce que je cherche dans cette ville. Souvent les autres au comptoir me disent : tu as su partir d'ici. Fin des années 80, j'ai voulu tourner un documentaire sur Amnéville et ce fut un échec. Je ne sais pas faire d'images. Depuis un fichier nommé Le documentaire attend que je parvienne à écrire ce que je n'ai pas su filmer. Ai-je vraiment su partir ?  

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