[le site de Fabienne Swiatly ]

L'obstination du bleu Klein.

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En attendant que Noël rejoigne les poubelles, lire ce qui vient nourrir la machine ou l'alambic. Entretien avec Guillevic menée par Jean-Yves Erhel en 1979  dans Un brin d'herbe, après tout : "Je crois que la poésie est indispensable pour le maintien de la langue. Car toute langue  est menacée de sclérose, de vieillissement, oui – de déformation et d’usure par la langue journalistique et la langue administrative. (...) J’écris au plus haut de moi-même (...) La poésie n’est pas utilitaire, utile comme un tracteur ou comme un aspirateur, non, elle est utile parce qu’elle aide à vivre, comme je pense que la  culture dans son ensemble est utile. Pour moi, accéder à la culture ce n’est pas accéder au savoir, c’est accéder au plaisir de soi-même. C’est apprendre à jouir des heures qui passent. C’est une définition  de la culture qui est peut-être un peu … subversive, mais pour moi, c’est la bonne. Un homme cultivé est quelqu’un qui sait tirer plaisir de tout. Aussi bien d’un arbre que d’un article savant ou du sourire d’un visage, n’importe quoi, vous comprenez. C’est tout passer dans l’alambic – dans le laboratoire, central, comme disait Max Jacob."

 

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Je ris parce que je vais bien. Parce je veux aller bien. Le monde va mal c'est ce qui se dit sur les médias et il faudrait prendre pour argent comptant (comme l'expression est bien adaptée) ce résumé de la situation dans le monde. Le prendre en pleine tête et s'en contenter. Se laisser envahir par le côté obscur et abandonner la lumière aux autres ceux qui nous inventent ce monde de la peur et de la soumission. Si j'allais mal à mon tour cela aiderait-il le monde à aller mieux ? Sûrement pas. Au contraire. Je ne vais pas aller mal pour m'assortir au malheur. Je peux être triste, choquée, indignée, solidaire, en colère mais surtout ne pas m'enfermer dans l'impuissance d'un mal-être décrété par qui ? Pour quoi ? Je ne céderai pas du terrain. Je veux continuer à rire avec d'autres. Je veux continuer à croire que la beauté existe... comme cette collégienne, celle qui va chaque jour dans une Unité locale d'inclusion scolaire (Quelle horreur tous ces mots qui assassinent quotidiennement  la poésie) et qui, dès la première séance d'atelier, m'offre cette réflexion : alors c'est beau ce qu'on fait ! Et son merveilleux sourire. Un sourire partagé. Un sourire qui permet de poursuivre la route dignement ... d'aller bien. 

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Vernissage de l'exposition Foot et littérature au Musée des Verts de Saint-Etienne à laquelle je suis invitée comme auteure en résidence de la ville. Soirée d'hommes qui aiment le foot, vivent du foot, parlent foot ... Je m'y sens à l'aise. J'ai été élevée avec quatre frères qui aiment ce sport, d'ailleurs je pense à eux et au plaisir qu'ils auraient à rencontrer des journalistes de l’Équipe ou de 100 % foot. Je feuillette un numéro de So Foot qui publie l’inénarrable interview de Michel Platini par Marguerite Duras dans le journal Libération en 1987. J'ose poser des questions naïves aux uns et aux autres et on me répond gentiment. Comme lorsque je m'étonne de ces hommes que j'avais remarqués pendant la Coupe du monde et qui tournent le dos au match pour surveiller le public. Les stadiers. J'espère pour eux qu'ils ne sont pas des fans car tourner ainsi le dos à l'action doit être d'une grande frustration. Donc je papote foot avec des spécialistes et je me dis que décidément mon projet d'écriture sur le foot comme lieu commun m'enthousiasme de plus en plus. Au retour de cette soirée, je plonge dans la lecture de Chant Furieux écrit avec flamboyance par le photographe Philippe Bordas qui a passé 100 jours avec Zinedine Zidane pour réaliser un album photos. Notre photographe ne connait rien à ce sport et c'est ce qui rend l'exercice littéraire passionnant. Il sera dit que le football n'appartient pas qu'aux spécialistes et moi, je poursuis mon voyage très exotique.

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Cette photo m'émeut beaucoup sans que je parvienne à en cerner les raisons profondes. Collège Léonce Vieljeux à Les Vans en Ardèche. Une rencontre avec 80 élèves de 3ème. Deuxième jour de cours depuis la rentrée. Chef d'établissement sceptique, ce n'est pas lui qui a initié le projet. La convention a été signée avec le Festival Essayages alors il est contraint. Il m'accueille tout de même, me présente aux élèves ce qui est une démarche rare. Dans la plupart des écoles, collèges, lycées et universités où je suis invitée, le principal, chef, directeur etc. se fichent de ma présence, accaparés par les obligations administratives. Le cadre avant les contenus. Parfois même j'ai le sentiment qu'ils craignent que cela se passe mal et préfère ne rien en savoir. Très souvent je ne les voix pas. Donc, élèves de 3ème que j'invite à découvrir mon atelier d'écrivain. Je raconte le parcours, lis des extraits de mes livres, montrent mes carnets et journaux de bord, lis des extraits de textes en chantier. 50 minutes d'attention et quelques questions à la fin. A une professeure qui me félicite, je réponds une évidence : suffit de les intéresser. Car je n'ai pas oublié qui j'étais au même âge, traversée par le doute, encombrée par mon corps de femme en devenir, emballée par la professeure d'histoire que je trouvais belle et passionnante, mal menée par le professeur de maths qui me trouvait insolente et moche. Et souvent l'ennui. Alors je choisis des passages de textes qui peuvent entrer en résonance avec leurs peurs, leurs désirs, leurs doutes, je varie les rythmes. Heureusement je n'ai pas de programme à tenir, même si le principal m'a demandé d'être pédagogique ... Ce qui m'émeut également c'est qu'à cet âge, je doutais de mon avenir et j'aurais été fière de découvrir cette photo de moi plus tard. Heureuse de faire le métier d'écrivaine, heureuse de ce plaisir d'être avec des jeunes. Peut-être aussi que je possède nombreuses photos des élèves, des ateliers mais rarement de moi en action. C'est l'éditeur Yves Olry qui a eu la bonne idée de saisir ce moment. Comme tout le monde,  j'ai besoin de voir ce en quoi je crois, surtout pour les jours gris de l'écriture quand le doute empêche d'avancer. 
 
 

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Le soir il est fatigué. Corps au travail toute la journée : porter, déplacer, monter, clouer, remplacer, porter encore... Il bâtit des maisons malgré la pluie, le vent, le froid ou le soleil implacable. Alors le soir, je lui fais de la lecture. J'aime trouver le ton d'un texte, son rythme et son énergie, le mettre debout comme dirait une fameuse lectrice, Claire Terral. Certains textes s'y prêtent bien, d'autres exigent une préparation, certains m'ennuient pendant la lecture à voix haute alors que je les avais tant aimés à voix basse. Surtout j'ai un grand plaisir à retourner à ma bibliothèque et chercher le bon livre ... réveiller les endormis. Puis nous évoquons ceux qui ont laissé un fort souvenir : Regain de Giono, Nouvelles vénitiennes de Dominique Paravel, Pas revoir de Valérie Rouzeau, Journal d'un manœuvre de Thierry Metz, Béton armé de Philippe Rahmy. Parfois seulement des extraits comme le début de Blesse, ronce noire de Claude Louis-Combet.  Hier sur la terrasse d'où l'on peut voir le Massif de Belledonne, juste avant la petite pluie, je lui ai lu Où que j'aille d'Albane Gellé, reçu le matin même. Nous étions bien. La lecture pour retrouver des forces.  

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S'EXTRAIRE. Le temps de l'écriture. Se tenir à distance de l'information qui nous donne l'impression d'agir sur le monde et ses violences. ILLUSION. Tout savoir qui nous rend plus impuissant que jamais. Difficulté à inventer une autre façon d'être ensemble. Puisqu'il faudrait sauver TOUT le monde, nous finissons par oublier ceux qui s'épuisent à survivre autour de nous. ARRÊTE DE DIRE NOUS. Je dois parler de mon impuissance et trouver le chemin vers ce qui me permettrait d'agir, d'interagir. FATIGUE. Oui je fatigue car que je n'entends pas assez la voix de la jeunesse. Où est la force ? Mais JE N’ABANDONNE PAS. Je questionne. Je sais que l'ennemi est perfide, il n'a pas visage reconnaissable comme dans les  films ou d'avant la chute du mur qui semblait diviser le territoire en deux terrains, comme au foot et que forcément nous étions du bon côté. CONFUSION et puis il est déjà l'heure des vacances, des soldes et de se serrer la ceinture pour payer des études à nos enfants. Je remplis des CARNETS pour penser quelque chose de précis. Écrire malgré tout. TOUT. La guerre n'est pas la seule manière d'avancer ensemble. 

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J'aime marcher au hasard dans Paris. D'abord le quartier des ministères avec ses rangées impressionnantes de scooters et de motos. Des hommes jeunes en costume de communion tant ils ont l'air à l'étroit dans leurs vêtements serrés, se croisent téléphone à la main. Cravates, oreillettes, cigarettes électroniques. Pas de sacs ou de serviettes. Quelques hommes plus âgés ont renoncé à l'étroitesse de la mode et marchent d'un pas plus lent. Les femmes portent tailleurs, cheveux longs et talons hauts. Les voitures ont la vitre fumeuse. Un monde très loin de moi bien que nous avancions sur le même trottoir. Je bifurque. Grand Palais, un groupe de manœuvres, tenue fluo, étalent de larges couches de goudrons sur un des accès du lieu. Ils font circuler avec rapidité et dextérité leurs seaux remplis de matière fumante. Une gestuelle joyeuse d'ailleurs ils accompagnent chaque mouvement de sons rauques, comme un chant. Je pense aux prisonniers noirs qui ont creusé les routes américaines. C'est étonnant. C'est rare. Je n'ai pas réussi à saisir cette chorégraphie urbaine avec mon appareil photo mais c'était bien là. Des hommes au travail qui font leur show pour les touristes qui d'ailleurs s’arrêtent un moment pour les regarder ou les photographier. Ils étaient beaux les gars.   

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Il est une journée où beaucoup d'entre nous ont haussé les épaules. Un geste furtif, presque léger et pourtant lourd en conséquence. Un geste bref qui permet de poursuivre sa route sans alourdir sa conscience. Un haussement d'épaules qui ferait que ce que je vois, que ce qui m'entoure ne me concerne pas. Celui, celle qui hausse les épaules est une personne qui a donné toute sa place à la peur mais qui ne veut pas en être informée. Elle se débarrasse de l'encombrant. Elle agit comme si  contourner un trou suffisait à le faire disparaitre. Il-elle ne  s’arrête pas, ne se questionne pas, n'agit pas. Il-elle contourne le danger et se trouve une excuse : Tout cela est vain. Celui, celle qui hausse les épaules pense que l'indifférence est un acte de révolte. En fait il-elle se rassure et  s'invente une armure car il-elle est consciente de sa faiblesse. Sait qu'on pourrait le lui reprocher, lui reprocher de ne pas transformer son refus en un acte revendicatif ou réellement citoyen. Alors il-elle hausse les épaules a pu dormir tard, ou encore se promener ailleurs, profiter du week-end. Et qui sait, si au fond, son haussement d'épaules n'est pas une forme d'adhésion à ce qui se passe car il-elle a perdu le courage et l'espérance. 

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Récompense. J'ai été récompensée. J'ai eu un prix... J'ai ressassé ces mots la nuit dernière. Ce n'est pas le premier prix que je reçois mais c'est la première fois que j'y pense autant. Récompensée, honorée, gratifiée ... reconnue ? Je n'ai jamais été décorée. Mon père le fût, deux fois. Une fois par Wendel Sidélor pour y avoir travaillé toute sa vie. Il n'a pas été chercher sa médaille. Il bossait à l'usine depuis l'âge de 14 ans et trouvait sûrement injurieux cette simple breloque. Je ne suis pas un chien, disait-il pensant certainement aux médailles gravées que portent les animaux domestiques pour être reconnus. A sa veste du dimanche il portait la double palme des donneurs de sang (plus de 200 dons). Sa médaille du Mérite et du Dévouement, je ne sais même pas pourquoi il l'a obtenue mais c'est moi qui l'ai récupérée après sa mort. Toutes ces questions que l'on oublie de poser aux vivants ! De mon côté j'ai obtenu plusieurs prix pour mes livres par contre je n'ai pas eu mon baccalauréat (et pourtant c'est souvent lui qu'on réclame quand je veux travailler en certains lieux). J'aime bien dire que j'ai un copain qui a refusé la Légion d'honneur. Ma mère n'a jamais voulu la médaille qui récompensait les mères de famille nombreuse, elle n'aurait pas su dire le merci qui convenait étant donné son accent allemand. Et sa famille nombreuse, elle ne l'avait pas vraiment souhaitée. Le prix Collidram qui m'a été décerné, je le dois à une centaine de collégiens et quelques professionnels, et j'en suis fière. Oui je peux le dire ainsi et je crois que mon père l'aurait été aussi. Peut-être.  

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J'ai un peu négligé ce lieu d'écriture et pourtant j'aime y laisser ma trace. La trace bleue. Trop occupée ailleurs : ateliers, lectures, rencontres, résidences et tout ce qui dévore le temps libre sans donner du plaisir : comptabilité, facturations, communication... Et aussi le temps passé sur l'autre lieu où l'on peut laisser si facilement quelque chose de soi avec les autres qui donnent à croire qu'ils vous aiment... du bout des doigts. Alors revenir ici où l'on ne sait même pas si quelqu'un lit, mais les carnets d'avant, ceux en papier, personne ou presque ne les lisait et pourtant on s'y attelait. D'ailleurs on s'y attèle encore avec des collages, de la couleur et des photos. Et je m'interroge pourquoi j'ai un tel besoin de laisser des traces, mais en fait je sais la réponse. La première trace a sauvé quelque chose en moi, j'étais une enfant que la mère maltraitait alors j'avais écrit (gravé à la pointe d'un ciseau) dans le mur de ma chambre le douloureux secret, puis j'avais recouvert avec des autocollants de l'époque :  des anges et des angelots qui servaient à décorer le cahier de l'amitié (une pratique courante à l'époque dans l'Est de la France, un joli cahier que l'on confiait à une amie et qui le recouvrait d'un poème et de collages - on donnait rarement aux garçons qui n'y mettaient aucun soin). Ma mère a jeté ce cahier avec mon nounours et toutes mes affaires parce que j'avais décidé de quitter la maison familiale à 17 ans. Elle avait effacé les traces. Peut-être que je tente d'en retrouver ici. Peut-être. 

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Embarquer. Laissez-moi vous embarquer. L'enthousiasme dans ma voix pour cacher le trac. Envolons-nous mes gaillards comme j'aime les nommer lorsqu'ils forment une classe et que déjà ils sont des hommes bien que lycéens. Et souvent enfants de l'immigration, mais pas tous. Les  embarquer pour l'énergie que cela donne car ils se laisseraient volontiers traîner. Energie qui me laissera totalement lessivée à la fin de la semaine mais croire qu'ils auront plaisir et surtout intérêt à écrire, à lire, à mettre en forme des mots. Leurs mots. Remettre du lien et surtout du sens entre eux et le langage. Mais le mot ne plait pas à Ali qui s'agace de me l'entendre répéter. Si pour moi, il y a de l'envol et du dynamisme dans ce verbe c'est que je l'associe aux avions et aux aéroports. Alors je cherche à comprendre ce qui ne lui convient pas dans cet embarquement et je triture le mot pendant qu'ils écrivent : embarquer, mener en barque, débarquement ... et enfin je comprends que ce verbe est aussi celui des flics qui vous embarquent dans le fourgon puis au poste. Embarquer comme l'on entasse, enserre, embrigade, contraint. Je gomme le mot de mes phrases mais leur redis la nécessité d'un pacte de confiance entre nous. Cinq jours passés ensemble. Textes écrits, lus, partagés mis en valeur dans un journal de bord (collages, dessins, papiers déchirés). Et lorsqu'il sera l'heure de nous quitter, je dis à la classe : allez, je vous débarque maintenant.. Ali me sourit avec une belle lumière dans les yeux. Connivence. Les mots ne sont pas toujours des ennemis. Ils peuvent aussi être un espace de jeu.  

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Redresser le dos et la nuque et se concentrer sur ce qu'il y a dire, à lire, à faire écrire avec les étudiants, première année à Science Po. Ils espèrent devenir ambassadeur, consul, conseiller, journaliste. Le mot de consul qui invite Marguerite Duras dans l'instant mais je suis la seule à la voir passer. Je suis venue avec Marcel Proust, James Joyce et Christian Prigent pour leur proposer une écriture de la phrase longue, une écriture dans le souffle. Repousser le point. Bousculer la norme qui conseille une idée - une phrase. Au contraire, les amener à mettre plusieurs couches du monde dans le même avancement de la phrase. Gommer la perspective. Je lis, je présente - trop vite - comme souvent et nous n'avons  et je n'ai qu'une heure trente d'atelier par groupe. Le livre de Joyce épais sur la table, la tranche jaunie, la version que nous avions lue à plusieurs (prenant des notes) parce que cela nous faisait moins peur de lire ensemble, et le plaisir de la lecture est venue quand j'avais accepté de lâcher prise avec la narration. Comment leur donner ce plaisir, cette curiosité ? J'espère qu'il ne s'agira pas seulement pour eux de noter des références, des dates, qu'il ne s'agira pas seulement de littérature morte. Je suis un peu fatiguée, eux aussi. Je ne me trouve pas très contaminante (c'est le mot que j'emploie). Je voudrais donner de l'énergie et j'ai peur d'avancer dans la poussière. Je finis avec cinq minutes d'avance.

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Ils sont jeunes. Ils préparent un bac pro, pas forcément celui qu'ils voudraient. Ils vivent dans le Jura. Certains vivent en villes, d'autres en montagne. Ils sont d'origine turc, sénégalaise, portugaise, slovaque.. et française ... Ils écoutent du rap français, Scorpions ou radio Nostalgie. Le premier jour, ils se réfugient au fond de la salle, les écouteurs dans les oreilles, le regard ailleurs. Position de repli. Normal. Pourquoi devraient-ils se réjouir qu'une femme, même pas jeune, viennent les faire écrire ? Et l'écriture les a si souvent trahis. Le dernier jour, après la présentation du Chantier en cours : textes, dessins, mise en espace de l'atelier et chant choral, ils me serrent la main, ils me remercient, ils nous remercient. Ils sont fiers et moi aussi et nous aussi. La fatigue viendra le lendemain, car il faut beaucoup d'énergie pour oser les emmener là où ce n'est pas une évidence. Oserais-je dire qu'il faut avoir la foi ? Et je veux remercier ici tous ceux qui permettent, accompagnent, soutiennent : Saute-frontière (et plus particulièrement Marion Ciréfice qui doit gérer le poids de nos doutes en fin de journée) - Sandrine Brunet, professeure de français, Christine Richard-Briquet professeure d'art plastique et Stéfanie Barbarou, chèfe de chœur... Bien d'autres personnes encore, mais ces femmes-là sont sur le front !  Et j'ose espérer que la remarque de Mikail en fin de présentation ne soit pas prophétique : demain, ils auront tout oublié (évoquant l'équipe enseignante qui applaudissait leur travail). Croire en demain pour qu'aujourd'hui soit possible !

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