[le site de Fabienne Swiatly ]

La couleur absente de la Lorraine.

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Période molle, même si on s'excite dans les magasins, dans le confus des papiers d'emballage,  dans le recevoir et le donner. Le pape qui s'écroule sous la pression d'une illuminée, les églises qui ferment leurs portes après la messe de minuit, les fous de Dieu qui pensent obtenir le paradis en tuant des humains, on oserait presque dire ainsi va la vie tant recevoir ces infos en continu finit par jalonner notre quotidien. Presque de la routine. C'est terrible, mais tellement semblable à hier, avant hier, à 2008, à 2009. On en oublierait de vieillir, de mourir puisque ce sont les autres qui meurent. Période molle, alors oui, sortir et faire des photos malgré le froid. Faire autre chose. S'appuyer sur la phrase de Pierre Soulages : ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche. Marcher pieds nus dans les feuilles collées par la boue avec la ville pas loin. Moteurs de voitures, bruissements furtifs derrière un arbre nu, s'approprier un monde à soi ... Ne pas penser à demain et à tous les papiers cadeaux froissés que l'on enfoncera dans la bouche des poubelles. Que j'enfoncerai dans la gueule de ma poubelle. Noël a perdu son goût d'orange.

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Bien sûr que l'on a choisi d'être là comme auteure, comme écrivain qui se donne à lire, bien sûr que c'est fou, merveilleux, étonnant, déstabilisant et surtout pas banal de se retrouver devant un ou des lecteurs ou d'entendre son texte lu, joué, interprété, mis en scène. C'est une chance. Quoique le mot ne me convienne pas, car même si cela m'échappe, j'ai travaillé (créé) pour que cet instant ou événement existe. Je ne l'ai pas livré au hasard. Mais il y a parfois cette sensation, pour moi,  de devoir répondre à un modèle, une norme. D'être ce que l'on attend de moi en tant qu'auteure. Une auteure toujours avide de rencontrer son public (car ce n'est pas forcément le lectorat), stimulée d'emmener un groupe vers l'écriture, enthousiaste de restituer, de partager, insensible à la réalité des contrats signés ou pas, des frais remboursés ou pas. Puisque l'on a cette chance d'avoir été édité. Et il faut garder à distance le sentiment d'être à la hauteur du presque rien et de compter ses sous plus que l'on ne souhaiterait. Mais ce quelque chose qui boite en soi permet et nourrit l'écriture.
Ce doute, ce  fragile, ces dérapements, ces failles qui font la littérature, du moins la mienne, j'ai du mal à la laisser dans les coulisses de la rencontre publique. Car je doute constamment. Je doute grave comme dise les plus jeunes mais que l'expression me sied, là tout de suite. Je doute grave et  pourtant je fais. Mais de ne pas dire mieux ce doute me donne le  sentiment de tricher. 
Alors, le plus souvent, je m'accroche à mon projet secret. Un projet très éloigné de ce que l'on sait de moi. Depuis quelques mois un travail photo à deux. Je pose nue. Je me mets à nue et je suis photographié selon des contraintes que je définis, moi. Je confronte mon corps vieillissant à l'image numérique. Je ne le confronte pas n'importe où et n'importe comment, mais ce n'est pas l'heure de dévoiler.  Et ce projet loin de toute commande, de toute attente, me permet d'exister en tant que créatrice et non pas animatrice. Et c'est vitale - oui  vitale avec un e.
@nouvelltentativesonoreAhtuécris

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Mon petit poste de radio est capricieux et m'impose des stations que je n'écoute pas d'habitude : BFM et sa litanie de business plans, Europe 1 et les conseils en sexologie de Brigitte Lahaie et surtout, RMC et Europe 1 qui me ramènent à un monde qui m'est totalement inconnu. Souvent, à différentes heures, ces stations commentent du foot. Un monde d'hommes. L'animateur, le commentateur, l'entraineur, le président, les joueurs et les auditeurs qui appellent sont des hommes. Un monde d'hommes où l'on se plaint des mauvais joueurs, on refait les matchs, on réclame la tête d'un tel ou un tel, parfois même des tremblements dans la voix tellement ce n'est pas possible que celui-là soit sélectionné. Et j'écoute fascinée par l'importance donnée et dite pour ce sport. Puis je constate l'absence des femmes, même s'il me semble que certaines s'y intéressent. J'écoute. Et je me demande jusqu'à quel point ces hommes sont loin de ma vie ou pas. Nos chemins se croisent-ils parfois ? Des amis qui regardent du foot, qui suivent les résultats, j'en ai, mais personne qui soit un professionnel ou qui pourrait téléphoner avec des larmes dans la voix pour dire que ce joueur ce n'est pas possible. Vraiment pas possible. Puis réécoutant BFM, je constate que toute cette radio est un monde d'hommes (25 animateurs pour 5 animatrices) et s'y exprime une voix d'entrepreneuse tous les dix ou vingt entrepreneurs. Et personne pour dire, un tremblement dans la voix : ce n'est pas possible. Non vraiment ce n'est pas possible.
@misàjourle9décembre2009etlireaussilesateliersd'écritureici.

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C'était vendredi 27 novembre à Bédarieux. Anne de Boissy se prépare pour la représentation de  Boire. Je prends des photos, je cherche à me rendre utile. J'ai le trac. Ce n'est pas moi qui joue pourtant. J'ai confiance en Anne mais je sais que tout le long de la lecture je vais douter. Je vais être à l'affût du moindre mouvement de spectateur. Vérifier que personne ne gêne la lecture d'Anne.  Guetter la moindre faiblesse de mon texte. Et cette étrange sensation d'engloutir le public dans le pesant de l'alcool.
En attendant, j'occupe mon corps. J'installe les chaises, vérifie les ouvertures de porte, prend des photos sans réfléchir à ce que je cherche à fixer. Pas de mots plus grands que les choses, je rumine les mots de Béatrice Beck. Et puis accepter. Ne plus penser à rien. Laisser faire la comédienne, le texte, le public -  en dehors de moi. 
Le soir-même, il y aura dans la salle des participants des ateliers d'écriture, des lycéens, des enseignants, des connaissances et des inconnus. Le silence sera  intense juste avant les applaudissements, puis  la légèreté viendra avec les commentaires, les échanges, les réflexions qui donnent du sens au travail. Puis on rentre avec Anne au Campotel où on loge, on boit un verre de Faugères, même deux. On se dit que c'était bien. Et ce moment amusant où Anne pour répondre à un de mes propos, cite un passage de mon livre. J'entre en conversation avec moi-même. C'est étrange. La vie est une fiction. Je me sers un troisième verre.

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Parce qu'il faut du rire aussi, de la légèreté, du ciel sans horizon pour traverser les jours. Il faut trouver de la force ailleurs que dans la confrontation avec le réel. S'oublier sans oublier. Taire un moment la radio, les journaux, la grande conversation à revirement des politiques, le bavardage des faits divers,  le flux heurté des mails. Reposer le lourd de certains livres. Faire taire ce qui autour de soi. Aspirer le ciel avec les yeux et se perdre avec les mots de  Patrick Chamoiseau : Quiconque combat les monstres doit prendre garde à ne pas devenir lui-même un monstre. Car lorsque tu regardes au fond des abysses, méfie-toi, les abysses aussi regardent au fond de toi.
Dire, je ne pars pas, mais je suis ailleurs. Je m'absente un court moment. Dans le bleu et le jaune. Retrouver la légèreté. Me délester de la fatigue du penser. Dire je vous ai quitté un court, très court moment. D'ailleurs vous n'avez rien remarqué. Je suis là à nouveau, j'ai échappé à l'instant. J'ai échappé à la fatigue. J'ai échappé à la nécessité de se dire. 

 

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L'écrivain Arno Bertina inventait, avec les habitants, une ville de Bédarieux centre du monde et je poursuis sur le thème ... et moi au milieu. Premiers ateliers qui s'achèvent, premiers textes et photos qui s'affichent ici. Attendre les réactions, en tout cas de belles rencontres - il me semble. Sentir que l'on participe à créer du lien entre ceux qui habitent ou qui traversent la ville (le temps des études, d'un travail, d'un atelier, d'une lecture...). Et ce sentiment émouvant lorsque je parviens, comme hier, à traverser le mur de la distance. Classe distraite, coupure des vacances qui a émoussé l'enthousiasme de la première rencontre. A ce moment-là, je sens le danger d'une indifférence molle. Polie, mais molle. Alors, il me faut trouver les mots pour secouer. Revenir à la nécessité de l'engagement dans l'écriture littéraire. Secouer l'inertie et ramener à soi et à la feuille, chacun d'eux. Pas facile mais nécessaire. Je dis que j'ai besoin qu'ils me parlent du monde dans lequel nous vivons. Que j'aimerais qu'ils prennent le risque de s'étonner. Nous travaillons l'auto-portrait, et j'ai dû les rassurer souvent. Comme quoi je ne cherche pas à leur arracher un secret, comme dans les nombreuses émissions de télé. Mais quelque chose de leur monde qui viendrait nommer aussi le mien. Quelque chose de sincère en moi qui semblent les motiver. Les têtes se baissent, les mains écrivent et bientôt je pourrai lire ce bout de phrase sur un texte en cours : je suis l'enfant de la routine. Et bien sûr, l'envie de lire la suite... Tout un monde dans ce début de phrase. 

 

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S'inquiéter parfois, parce que de nombreux événements, propos viennent troubler mes jours et mes nuits. D'abord la réaction d'Eric Raoult qui voudrait qu'une écrivaine qui ose s'horrifier de ce qui se passe en France se taise, et l'homme de croire qu'un prix littéraire suffirait à lui faire baisser les yeux  (à lire ici) . Un autre homme vient nourrir mes craintes (non, je n'aurai pas peur), après lecture de son portrait dans Télérama, Patrick Buisson, principal conseiller de Nicolas Sarkozy, un ancien du journal Minute, un maurassien assumé, un misogyne et un fasciné par le sexe et le nazisme, excusez du peu. Et ma colère de constater qui sont les amis de l'homme (intelligent et fascinant, justement). La colère donc,  c'est mieux  que la peur. Cela rend fort. Beaucoup d'indices qui me ramènent au film, peu connu (et qui sort actuellement en DVD) d'Igmar Bergman :  L'oeuf du serpent Je me souviens de l'avoir vu, assez jeune, avec cette peur que ce film devienne un jour le miroir de mon futur. L'oeuf du serpent est au chaud dans notre pays où l'on voit s'installer tranquillement ceux qui aiment se parer d'une idéologie à la pensée courte, des misogynes qui aiment les femmes, les vraies, des obsédés du chiffre, des méprisants du pauvre et de l'étranger, des retourneurs de veste. Des hommes, des vrais. D'ailleurs, regardez-les,  redresser la tête,  gonfler leur gorge, étirer leurs ergots dès que l'on met en doute leur façon de penser. Ils érigent des forteresses et nous regardent de loin. Nous ? Qui est ce nous ?  Il n'a pas encore de nom, ce nous, auquel je me sens pourtant appartenir. Ce nous qu'il faudra nommer avant que nos devenions leur vermine, celle qui pourrait empêcher le serpent de grandir. 

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Il me semble épuiser mon langage à vouloir raconter ce qui se vit, si fragile et intense dans les ateliers d'écriture. J'épuise la sensation. Alors cette photo, prise ce matin à l'Atelier pédagogique personnalisé (App) avec ceux dont l'urgence est de trouver un boulot. Un travail pour faire tourner la boutique comme l'on disait dans le quartier de mon enfance, surtout en fin de mois. Et Lui qui me raconte l'attente d'une réponse pour un job : tailler la vigne. Quelques mots pour dire la solitude du tailleur dans sa rangée ou toute une parcelle. La journée longue et le froid surtout les jours de grand vent. Les gestes répétitifs et encore la solitude. Je pense au film Sans toit ni loi d'Agnès Varda tourné dans le département de l'Hérault, vers Vendargues, pas si loin d'ici.  Mona la zonarde et Hassoun l'ouvrier agricole, couple tendre et improbable d'un instant du film. Hassoun qui tournait son propre rôle et que Varda retrouva une dizaine d'années plus tard, elle le raconte dans le passionnant documentaire qui accompagne le film. Un film  qui décrit bien la rudesse de l'hiver dans les paysages du Sud. Là où le soleil semble éternel dans nos imaginaires.
Ce soir, ce rayon de soleil et la grande solitude des tailleurs de vigne suffisent à l'histoire des ateliers. 

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Pour mes ateliers d'écriture au lycée professionnel (dit lycée des métiers) Fernand Léger de Bédarieux,  j'aime prendre l'entrée des ateliers. Entrer par la petite usine qui avec son récupérateur de copeaux , sa chaudière, ses alignements de maquettes de charpente (à l'échelle), ses élèves en blouse et le bruit des machines... me donnent le sentiment de pénétrer dans un lieu du travail plus que de l'apprentissage. L'atelier d'écriture se rend à l'usine...
Sauf que de méchantes rumeurs courent sur le regroupement des classes, le raccourcissement du temps d'apprentissage. Et tout cela viendra sûrement rogner sur les enseignements généralistes dont ils ont pourtant besoin. Je crois même qu'il est urgent de défendre (encore) l'idée que ceux des métiers manuels ont droit à l'histoire, à la littérature, à penser le monde comme dans les autres filières. Bien que ces apprentissages s'y réduisent aussi. Et je me souviens d'une jeune fille ayant choisi la couture (par passion), découvrit avec regret qu'elle n'aurait pas droit à des cours de philosophie.
Qu'il y ait des différences de tempérament, d'éducation entre les élèves des différentes filières, c'est évident, et heureux, mais leur rapport au langage, au dire le monde vient nourrir leur texte de manière très intéressante. Même si ça parle de routine. 
 
7h45 – Se faire réveiller par le surveillant. Se forcer. Se lever. Enfiler des habits. Se traîner. Sortir du préfabriqué. Déjeuner. Café. Sortir fumer. Quelques minutes avant la sonnerie. Écouter du reggae. Entrer en cours. 12 h – Self. Se nourrir. Manger. Retour en cours. 17h – Fin des cours. Fumer. Attendre. 17h30 – Pointer. Attendre. 19H - Manger. Attendre. 20h – Retour au préfabriqué. Lire. Se laver. Écouter de la musique. Dormir. Le cycle.     Loïc

 

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Ligne de partage des eaux est un texte poétique que j'ai écrit sans difficulté même s'il vient interroger le vécu d'un avortement (les sales histoires des femmes comme on peut l'entendre parfois). Je n'ai pas non plus de difficulté à le lire mais j'ai demandé à la chanteuse Laurence Cernon de lui apporter une deuxième voix. La mélopée du monde extérieur. Une voix extérieure au cabinet médical, à la décision prise. Ma seule présence risquait d'apporter trop de pathos.  A deux c'est mieux. J'ai travaillé un an sur ce texte, par petites touches. Comme souvent avec l'écriture poétique, j'y reviens de manière irrégulière. Cela permet de me relire  avec une certaine distance et de gommer ce qui chante trop ou se complet dans l'emphase. Antoine Emaz en parle très bien dans son livre Cambouis. Par contre, je n'étais pas certaine de son acceuil. Une lecture à l'occasion de La Nuit Remue m'a permis de vérifier que c'était un texte "partageable". Depuis le Théâtre aux mains nues, théâtre de marionnettes, a proposé de le mettre en scène. Des gens que je ne connais pas ont lu ce texte et ont eu envie de le donner à entendre à d'autres. C'est un cadeau,  comme à chaque fois que d'autres artistes se saisissent de mon travail, une grande émotion et une belle gratification. Un moteur très fort pour continuer à écrire, même si l'agenda et la course à l'argent (celui qui fait respirer le quotidien) laisse peu de temps. S'accrocher. S'entêter. Je lirai ce texte avec laurence,le vendredi 13 novembre à la médiathèque de Bédarieux et le mercredi 16 décembre à La scène poétique de Lyon. En attendant je m'obstine avec les pierres du Causse, marcher, regarder, interroger cette région quand je n'anime pas d'ateliers d'écriture.  

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On a été en résidence à Saint-Claude dans le Jura. On a écrit un texte. On a préparé une lecture avec des musiciens, trois demi-journées de répétition. Et on restitue. Eclairagiste, technicien-son, vidéaste. Puis les gens s'installent dans la Maison du Peuple. Une centaine de personnes. Pérégrinations organisées par Saute-Frontière. Dans la salle des habitants, des militants, des lecteurs, des amis et des amies, des écrivains : Philippe Vasset, Matthias Zschokke, Alberto Nessi, Jérôme Meyzoz... et ceux que j'oublie parce que ce n'est pas si simple de lire devant eux... les pairs ,et les enseignants qui ont accueilli l'atelier. On lit. On a mis en musique l'histoire d'une résidence. Les musiciens qui donnent une autre épaisseur au texte lu.  Plus d'une heure. Puis c'est fini. Applaudissements. Et quelque chose semble dire que le texte a été reçu. Ce que l'on ressent alors est un mélange de soulagement, de plaisir et un léger doute (toujours). Que cherchait-on ensemble, ce soir là ? Un texte sur une résidence. Une ville. Une rencontre. Un rendre compte. Faire ensemble. Rendre compte d'une résidence.
Le lendemain, déjà, on fait une lecture ailleurs. Un hommage à un participant d'atelier, mort subitement : François Bailly Maitre. On lit des textes qui parlent d'amitié, de parternité, d'alcool et de son chien Samy. On lit. L'instant tremble et les cloches de la cathédrale sonnent quand il n'y a plus rien à dire. Un copain est mort. C'est tout. Puis le manger ensemble sur la place, au soleil. Oui le soleil jurassien même en octobre. Restitution des textes écrits par les élèves, petits et grands. sous le marché couvert. L'émotion du maire, sincère, qui étonne. On parle, on boit un peu, pas trop parce qu'il faut rentrer à Lyon. Puis repartir à Bédarieux. Ville du sud sous la tempête. Ecrivain, écrivaine. Nomade ! Et le "on" pour dire le faire ensemble malgré la solitude de l'écriture.  @misàjourlejeudi22octobre2009 et les ateliers d'écriture ici.

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Beaucoup de temps devant l’écran. A s’inscrire dans le flux des connexions. L’internet qui ne dort jamais comme l’on dit de New -York ou Rio. S’inscrire au flux, être dans le flux, rejoindre le flux. Et le flux de la discussion sur la liste d’échange avec sa centaine de mails qui interrogent, se répondent, s’ignorent, se trompent et parfois lire le tout le jour d’après. La  vague pleine qui déferle comme après une rupture de barrage. Nous cloue sur la rive. Nous oblige à l’en dehors. Hors flux. Des voix s’éloignent.
Je me sens plus vieille que l’avenir.
En revenir aux pierres, celles du Causse qui s’immobilisent dans le viseur de mon appareil photo. Angle d’attaque dans la lumière précise d’un après-midi qui va poursuivre l’éternité de sa présence à l’ouest du jour. Loin du flux. Loin. Pierres millénaires qui remontent à la surface. Retrouver du silence.
Ce matin dans un texte un jeune garçon se tenait sur l’étroit de sa fenêtre.  

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Trois classes différentes depuis mon arrivée à Bédarieux. Arts graphiques pour deux d'entre elles et lutherie. Les ateliers se déroulent à la médiathèque, on y est au calme, entourés de livres et surtout ailleurs qu'en classe. Et le mot roman qui s'affiche en lettres géantes sur le mur, derrière les rayonnages. Juste en face de moi. Impressionnant. Après une heure de lecture de mes textes,  de commentaires et de réponses aux questions, je tente de les embarquer sur un territoire d'écriture inhabituel pour eux. Leur faire comprendre que ce n'est pas les mêmes enjeux qu'un cours de français, sans dénigrer pour autant les enseignants qui acceptent d'accueillir un auteur malgré le programme. Qui acceptent de me faire une place. Emporter des groupes de 15 vers un lieu que je ne connais pas, comme je ne connais pas toujours l'avenir de mes textes. Seulement cette certitude que l'écriture va nous faire voyager. Nous aider à décrypter un petit bout du monde. De notre monde. 
La surprise à la pause, quand une autre classe vient continuer la conversation de la veille. Un garçon  me raconte avoir lu son  texte à ses parents qui doutent qu'il en fut l'auteur. Une autre qui veut me donner à lire ses textes poétiques. Celui-là qui évoque l'indifférence de ses parents. Je me sens des deux côtés. Je n'ai rien oublié de l'adolescence mais je suis  aussi une mère. Je sais l'adolescence qui fascine ou fatigue. Notre impatience devant cette période de la jeunesse. Notre envie de mettre des réponses parce que leur vocabulaire hésite. Trop chargé d'émotion. Répondre avec de l'ouverture. Aider à penser différemment. Rester à ma place.
Deux ateliers dans une même journée, ce n'est pas simple mais j'aime aussi intervenir avec la fatigue de mon corps. Travailler avec mes doutes. Mes questionnements.  Bégayer mon savoir-faire.
Pour des histoires de clé, je traîne seule dans la médiathèque un bon moment, alors  je parcours les rayonnages. J'extrais un livre jeunesse de Sarah Cohen-Scali, une biographie de Rimbaud - à partir de 12 ans. Je lis les premières pages. Voilà bien longtemps que je n'ai pas lu un livre jeunesse. L'écriture est simple mais juste.
Un livre qui tente juste de me raconter une histoire. Je le glisse dans mon sac sans demander l'autorisation à personne, puisqu'il n'y a personne. Je le rendrai. Je vais le lire ce soir, le sommeil difficile à trouver dans mon nouveau lieu. Ce soir, j'aurai 12 ans. Un instant. Un bref instant et je  vais me raconter des histoires.

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