[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

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Déjà sur les ondes le gouvernement se gargarise avec plus de 300000 auto-entreprises déclarées.  Un chiffre qui raconte un engouement mais pas forcément une réussite. Oui le geste est facile, un clic sur un site, deux trois lignes à compléter et vous voilà auto-entrepreneur. A quoi répond précisément ce statut demanderait une analyse plus approfondie. En tout cas, cela vous fait disparaître des statistiques comme demandeur d'emploi ou en précarité d'emploi. Et chacun étant sa propre entreprise que la concurrence se fasse sauvage ! S'il est vrai que le statut répond à un manque et qu'il me permet de m'affranchir des droits d'auteurs et facilite mes négociations avec les institutions publiques, il est aussi le résultat d'une nouvelle gestion de la précarité. Certains employeurs tentent d'ailleurs de contractualiser ainsi leur relation avec leurs employés. On embauche plus, on propose une inscription comme auto-entrepreneur.
Après le clic d'inscription, il faut s'attendre à quelques difficultés pour gérer sereinement son statut et se préparer à ressentir un grand sentiment de solitude quand cela ne fonctionne pas tout à fait bien. A cumuler plusieurs statuts vous cotisez un peu pour les droits d'auteurs, un peu pour  l'auto-entreprise, un peu pour les contrats salariés ici ou là.  Cotiser un peu partout et pas vraiment. En cas de maladie, de perte de clientèle ou autres soucis, le retour du réel est rude. Comme je n'aime pas me leurrer, j'ai nommé mon dossier lié à ce statut, autotamponneuse, tant il me semble que je travaille de plus en plus avec une vilaine bouée autour du ventre pour amortir les coups et l'impression de tourner en rond sur un bien petit espace, cernée par les lumières clinquantes des vrais chefs d'entreprises. De ceux qui gagnent du vrai argent. Tournez manège ! @dernièremiseàjourlundi1erfévrier2010+ lesateliersd''écritureici

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Un ciel sans nuages, sans horizon qui ramène au trottoir, aux murs des immeubles. Au froid. Une lumière qui pèse sur les paupières. Seule devant l'écran pour écrire le roman, pour répondre aux commandes, pour saisir les textes des ateliers, pour rédiger la réponse à l'appel à projet, pour éditer les factures, écrire des mails, mettre à jour le site, trier les photos, questionner son budget. Seule devant l'écran et l'internet qui n'est pas une fenêtre, les jours de gris-blanc. Envie de quelque chose oui mais quoi ? Comme une faim qui ne trouve aucune nourriture pour la satisfaire. Informations de la radio, des journaux, paroles des amis, des voisins, des collègues, propos des livres qui forment un poids dans le ventre qui ne sait plus rien dire. Les yeux quittent l'écran, interrogent le ciel et buttent contre le silence de la lumière. Livre entrouvert d'Edmond Jabès et cet extrait qui me fait signe : Une parole de l'un ou de l'autre, un geste inattendu suffisent pour que nous ne nous reconnaissions plus. Aujourd'hui est un jour morne, même boire ne servira à rien

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Me voilà à Givors, au bord du Rhône pour une petite résidence d'un mois. Hier, rejoignant mon hôtel après un atelier avec des adultes, vers 22 heures, je longeais le Rhône  au bord duquel la ville s'est construite. Le fleuve était lourd d'eaux de pluie. Il s'enfuyait vers le sud, totalement indifférent aux rives et à la barge qu'il contournait avec force et remous. Je suis restée un long moment à le regarder et je lui ai parlé. J'ai renoué une converstation ancienne avec beaucoup d'émotion. J'ai vécu 25 ans sur une péniche à Lyon. Et ce que j'aimais le plus était m'asseoir dans la cuisine, la nuit, lumières éteintes et regarder le fleuve suivre son tracé. Un fleuve changeant et puissant. Il y a trois ans, nous avons vendu le bateau, depuis j'ai évité le fleuve. Hier soir, c'était la première fois que je renouais un lien. L'émotion que j'ai ressentie est celle de l'exilé qui longtemps enferme le pays quitté dans sa mémoire pour ne pas s'effronder. Souvent j'ai écrit que j'aimais les fleuves parce qu'il sont à la fois ici et là-bas. J'ai cherché une photo dans les archives de mon ordinateur, je n'ai trouvé que celle-ci, prise il y a deux ans dans le delta de Camargue (les autres sont sur le disque dur resté à Lyon). Le petit Rhône qui s'enfonce dans les roseaux et ne ressemble en rien au fleuve qui traverse mes souvenirs, chariant à cette époque beaucoup de bois et de boue. Bientôt, à la fonte des neiges, il sera si impétueux qu'il empêchera ses affluents de le rejoindre, alors les crues viendront rappeler aux riverains qu'il est maître chez lui. Oui, il m'a manqué. A Givors existe une maison du Rhône. Je le sais depuis longtemps mais j'en ai pris conscience seulement hier soir. C'est la fin d'un deuil, il me semble. Le fleuve a continué  à être ici et là-bas, et moi j'étais où ?

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Vendredi15 janvier, avec Anne Chastrusse, directrice de la médiathèque, nous devions nous décider quels triptyques allaient être publiés dans le livre de la résidence. Choisir c'est perdre. Sur les 80 textes mis en ligne sur le site, nous ne pouvons en garder qu'une trentaine sur le papier. Frustration. On a choisi de sorte à offrir une lecture variée, à l'image des ateliers. On a trié. On a décidé.
Puis de voir tous ces visages que j'ai pris en photo, ces textes écrits et donnés, je sens monter en moi une très forte émotion. Quelque chose de généreux a été partagé et c'est là, entre mes mains sous forme de brouillon. Cela marque aussi la fin d'une aventure humaine. Lecture des textes dimanche à la Tuilerie avec une mise en scène d'Hélène Azéma, puis il me faudra rentrer chez moi. Je suis contente de revenir at home, mais vibre en moi la trace mouvante des rencontres. Tout ce que le livre, le site et les bilans ne raconteront pas : le fragile des rencontres. Le fragile du faire ensemble. Et quelque chose aussi de plusieurs morts cette semaine, le penseur Daniel Bensaïd, le cinéaste Eric Rohmer, le chanteur Mano Solo. Le cimetière de ma mémoire rassemble ses morts. 
 

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Dernière semaine de résidence à Bédarieux. Froid vif qui confine dans le gite qui n'est pas vraiment un chez soi. Et cette question qui me taraude : qu'est ce qui fait une résidence réussie ? Le plaisir des participants, la qualité des textes rédigés, l'augmentation du taux de fréquentation de la médiathèque, le sourire des élus, les textes que j'ai réussi à rédiger pendant cette période ? A vrai dire, j'écris peu pendant mes résidences. Trop envahie par les textes des participants. Souvent, j'écris mieux après, chez moi. Ainsi le texte de Saint-Claude a été maturé (ça se dit ? ) pendant les six mois de résidence, mais l'écriture s'est  faite pendant les mois de juin et juillet qui ont suivi. Et ce texte ci-dessous que j'ai commencé à rédiger, ici, dans le Campotel sur l'étroit d'une table d'écolier :
" Et j’entre, et je m’installe, et je dis bonjour et je tente un regard collectif et j’explique ma présence, et je lis un passage de Stimmlos, Boire, Gagner sa vie, Le mot avalé... je lis, je raconte, je propose l’aventure d’écrire. C’est si peu et c’est beaucoup.
Des feuilles pliées en quatre à l’écriture ramassée, l’arrondi qui boucle la ligne droite, le raturé qui redessine le paragraphe, le désordre des phrases avec des notes et des flèches pour retrouver la logique de lecture, l’avancée cadrée des lettres d’imprimerie, les gribouillis et les dessins pour se concentrer, l’orthographe précise jusqu’à l’avarice du vocabulaire texto, rarement la feuille froissée ou déchirée… et je griffonne sur le carnet ou les feuilles A4 pliées en deux un ressenti de l’instant, je me sens dans le même repli silencieux qu’eux.
Des bouts de vie au métronome du quotidien, du corps que l’on décrit avec rudesse, des bouts d’enfance que l’on recompose au présent, de soi qui hésite, qui s’étonne, qui se finit, qui s’étale, qui s’interroge, qui s’arque boute, qui s’amuse, qui composent, qui se décomposent…
Et qu’ils vont toujours au plus près de ce que j’osais espérer.
Et je suis l’écrivain, l’écrivaine de l’atelier, celle qui propose, qui doute, qui enchante, qui réduit et je me sens là et parfois moins, j’écoute le son du groupe, j’encourage, je m’extrais, je réapparais, j’ai peur parfois, mais ça ils ne le savent pas et c’est tant mieux. Je suis ici avec eux pour l’aventure d’écrire ensemble.
Bédarieux centre du monde et nous au milieu…
"
 

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Retour à Bédarieux - je finalise les photos, le site, les textes. Il fait gris. Les vacances ont dilué l'énergie du travail, une certaine distance entre moi et le projet. Se remettre en selle, expression toute faite, mais qui convient. J'aime ce travail de photos avec le cadre et l'ensemble produit son effet, il me semble. A voir ici sur le site de la résidence. Plus d'ateliers d'écriture, j'ai enfin le temps d'écrire pour moi. Un texte poétique à finaliser, celui de ma résidence à Saint-Claude où il me faut passer du texte à dire à un texte à lire, pas simple et un roman qui s'obstine : J'ai pas osé. Oui avec l'absence de négation que j'aborde ainsi dans le roman :

J’ai pas osé
J’ai vu de suite la faute de grammaire dans son texte et j’ai posé ma main sur son épaule, ce que je ne m’autorise jamais en classe ou toujours à regret : toucher un élève.
J’ai dit il faut écrire je n’ai pas osé. Il a regardé sa phrase, la tête penchée sur son cahier, du silence qui hésite et ma main sur son épaule qui reste :  ouais sauf que ç’est mieux comme ça.
J’ai compris ce qu’il voulait dire. Ça osait d’abord puis ça n’osait plus. Il m’arrivait aussi de résister à cette règ
le de grammaire qui donne trop d’emphase à certaines phrases.           
@dernièremiseàjourjeudi7janvier2010+obsessionusinesàlireici

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Période molle, même si on s'excite dans les magasins, dans le confus des papiers d'emballage,  dans le recevoir et le donner. Le pape qui s'écroule sous la pression d'une illuminée, les églises qui ferment leurs portes après la messe de minuit, les fous de Dieu qui pensent obtenir le paradis en tuant des humains, on oserait presque dire ainsi va la vie tant recevoir ces infos en continu finit par jalonner notre quotidien. Presque de la routine. C'est terrible, mais tellement semblable à hier, avant hier, à 2008, à 2009. On en oublierait de vieillir, de mourir puisque ce sont les autres qui meurent. Période molle, alors oui, sortir et faire des photos malgré le froid. Faire autre chose. S'appuyer sur la phrase de Pierre Soulages : ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche. Marcher pieds nus dans les feuilles collées par la boue avec la ville pas loin. Moteurs de voitures, bruissements furtifs derrière un arbre nu, s'approprier un monde à soi ... Ne pas penser à demain et à tous les papiers cadeaux froissés que l'on enfoncera dans la bouche des poubelles. Que j'enfoncerai dans la gueule de ma poubelle. Noël a perdu son goût d'orange.

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Bien sûr que l'on a choisi d'être là comme auteure, comme écrivain qui se donne à lire, bien sûr que c'est fou, merveilleux, étonnant, déstabilisant et surtout pas banal de se retrouver devant un ou des lecteurs ou d'entendre son texte lu, joué, interprété, mis en scène. C'est une chance. Quoique le mot ne me convienne pas, car même si cela m'échappe, j'ai travaillé (créé) pour que cet instant ou événement existe. Je ne l'ai pas livré au hasard. Mais il y a parfois cette sensation, pour moi,  de devoir répondre à un modèle, une norme. D'être ce que l'on attend de moi en tant qu'auteure. Une auteure toujours avide de rencontrer son public (car ce n'est pas forcément le lectorat), stimulée d'emmener un groupe vers l'écriture, enthousiaste de restituer, de partager, insensible à la réalité des contrats signés ou pas, des frais remboursés ou pas. Puisque l'on a cette chance d'avoir été édité. Et il faut garder à distance le sentiment d'être à la hauteur du presque rien et de compter ses sous plus que l'on ne souhaiterait. Mais ce quelque chose qui boite en soi permet et nourrit l'écriture.
Ce doute, ce  fragile, ces dérapements, ces failles qui font la littérature, du moins la mienne, j'ai du mal à la laisser dans les coulisses de la rencontre publique. Car je doute constamment. Je doute grave comme dise les plus jeunes mais que l'expression me sied, là tout de suite. Je doute grave et  pourtant je fais. Mais de ne pas dire mieux ce doute me donne le  sentiment de tricher. 
Alors, le plus souvent, je m'accroche à mon projet secret. Un projet très éloigné de ce que l'on sait de moi. Depuis quelques mois un travail photo à deux. Je pose nue. Je me mets à nue et je suis photographié selon des contraintes que je définis, moi. Je confronte mon corps vieillissant à l'image numérique. Je ne le confronte pas n'importe où et n'importe comment, mais ce n'est pas l'heure de dévoiler.  Et ce projet loin de toute commande, de toute attente, me permet d'exister en tant que créatrice et non pas animatrice. Et c'est vitale - oui  vitale avec un e.
@nouvelltentativesonoreAhtuécris

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Mon petit poste de radio est capricieux et m'impose des stations que je n'écoute pas d'habitude : BFM et sa litanie de business plans, Europe 1 et les conseils en sexologie de Brigitte Lahaie et surtout, RMC et Europe 1 qui me ramènent à un monde qui m'est totalement inconnu. Souvent, à différentes heures, ces stations commentent du foot. Un monde d'hommes. L'animateur, le commentateur, l'entraineur, le président, les joueurs et les auditeurs qui appellent sont des hommes. Un monde d'hommes où l'on se plaint des mauvais joueurs, on refait les matchs, on réclame la tête d'un tel ou un tel, parfois même des tremblements dans la voix tellement ce n'est pas possible que celui-là soit sélectionné. Et j'écoute fascinée par l'importance donnée et dite pour ce sport. Puis je constate l'absence des femmes, même s'il me semble que certaines s'y intéressent. J'écoute. Et je me demande jusqu'à quel point ces hommes sont loin de ma vie ou pas. Nos chemins se croisent-ils parfois ? Des amis qui regardent du foot, qui suivent les résultats, j'en ai, mais personne qui soit un professionnel ou qui pourrait téléphoner avec des larmes dans la voix pour dire que ce joueur ce n'est pas possible. Vraiment pas possible. Puis réécoutant BFM, je constate que toute cette radio est un monde d'hommes (25 animateurs pour 5 animatrices) et s'y exprime une voix d'entrepreneuse tous les dix ou vingt entrepreneurs. Et personne pour dire, un tremblement dans la voix : ce n'est pas possible. Non vraiment ce n'est pas possible.
@misàjourle9décembre2009etlireaussilesateliersd'écritureici.

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C'était vendredi 27 novembre à Bédarieux. Anne de Boissy se prépare pour la représentation de  Boire. Je prends des photos, je cherche à me rendre utile. J'ai le trac. Ce n'est pas moi qui joue pourtant. J'ai confiance en Anne mais je sais que tout le long de la lecture je vais douter. Je vais être à l'affût du moindre mouvement de spectateur. Vérifier que personne ne gêne la lecture d'Anne.  Guetter la moindre faiblesse de mon texte. Et cette étrange sensation d'engloutir le public dans le pesant de l'alcool.
En attendant, j'occupe mon corps. J'installe les chaises, vérifie les ouvertures de porte, prend des photos sans réfléchir à ce que je cherche à fixer. Pas de mots plus grands que les choses, je rumine les mots de Béatrice Beck. Et puis accepter. Ne plus penser à rien. Laisser faire la comédienne, le texte, le public -  en dehors de moi. 
Le soir-même, il y aura dans la salle des participants des ateliers d'écriture, des lycéens, des enseignants, des connaissances et des inconnus. Le silence sera  intense juste avant les applaudissements, puis  la légèreté viendra avec les commentaires, les échanges, les réflexions qui donnent du sens au travail. Puis on rentre avec Anne au Campotel où on loge, on boit un verre de Faugères, même deux. On se dit que c'était bien. Et ce moment amusant où Anne pour répondre à un de mes propos, cite un passage de mon livre. J'entre en conversation avec moi-même. C'est étrange. La vie est une fiction. Je me sers un troisième verre.

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Parce qu'il faut du rire aussi, de la légèreté, du ciel sans horizon pour traverser les jours. Il faut trouver de la force ailleurs que dans la confrontation avec le réel. S'oublier sans oublier. Taire un moment la radio, les journaux, la grande conversation à revirement des politiques, le bavardage des faits divers,  le flux heurté des mails. Reposer le lourd de certains livres. Faire taire ce qui autour de soi. Aspirer le ciel avec les yeux et se perdre avec les mots de  Patrick Chamoiseau : Quiconque combat les monstres doit prendre garde à ne pas devenir lui-même un monstre. Car lorsque tu regardes au fond des abysses, méfie-toi, les abysses aussi regardent au fond de toi.
Dire, je ne pars pas, mais je suis ailleurs. Je m'absente un court moment. Dans le bleu et le jaune. Retrouver la légèreté. Me délester de la fatigue du penser. Dire je vous ai quitté un court, très court moment. D'ailleurs vous n'avez rien remarqué. Je suis là à nouveau, j'ai échappé à l'instant. J'ai échappé à la fatigue. J'ai échappé à la nécessité de se dire. 

 

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L'écrivain Arno Bertina inventait, avec les habitants, une ville de Bédarieux centre du monde et je poursuis sur le thème ... et moi au milieu. Premiers ateliers qui s'achèvent, premiers textes et photos qui s'affichent ici. Attendre les réactions, en tout cas de belles rencontres - il me semble. Sentir que l'on participe à créer du lien entre ceux qui habitent ou qui traversent la ville (le temps des études, d'un travail, d'un atelier, d'une lecture...). Et ce sentiment émouvant lorsque je parviens, comme hier, à traverser le mur de la distance. Classe distraite, coupure des vacances qui a émoussé l'enthousiasme de la première rencontre. A ce moment-là, je sens le danger d'une indifférence molle. Polie, mais molle. Alors, il me faut trouver les mots pour secouer. Revenir à la nécessité de l'engagement dans l'écriture littéraire. Secouer l'inertie et ramener à soi et à la feuille, chacun d'eux. Pas facile mais nécessaire. Je dis que j'ai besoin qu'ils me parlent du monde dans lequel nous vivons. Que j'aimerais qu'ils prennent le risque de s'étonner. Nous travaillons l'auto-portrait, et j'ai dû les rassurer souvent. Comme quoi je ne cherche pas à leur arracher un secret, comme dans les nombreuses émissions de télé. Mais quelque chose de leur monde qui viendrait nommer aussi le mien. Quelque chose de sincère en moi qui semblent les motiver. Les têtes se baissent, les mains écrivent et bientôt je pourrai lire ce bout de phrase sur un texte en cours : je suis l'enfant de la routine. Et bien sûr, l'envie de lire la suite... Tout un monde dans ce début de phrase. 

 

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S'inquiéter parfois, parce que de nombreux événements, propos viennent troubler mes jours et mes nuits. D'abord la réaction d'Eric Raoult qui voudrait qu'une écrivaine qui ose s'horrifier de ce qui se passe en France se taise, et l'homme de croire qu'un prix littéraire suffirait à lui faire baisser les yeux  (à lire ici) . Un autre homme vient nourrir mes craintes (non, je n'aurai pas peur), après lecture de son portrait dans Télérama, Patrick Buisson, principal conseiller de Nicolas Sarkozy, un ancien du journal Minute, un maurassien assumé, un misogyne et un fasciné par le sexe et le nazisme, excusez du peu. Et ma colère de constater qui sont les amis de l'homme (intelligent et fascinant, justement). La colère donc,  c'est mieux  que la peur. Cela rend fort. Beaucoup d'indices qui me ramènent au film, peu connu (et qui sort actuellement en DVD) d'Igmar Bergman :  L'oeuf du serpent Je me souviens de l'avoir vu, assez jeune, avec cette peur que ce film devienne un jour le miroir de mon futur. L'oeuf du serpent est au chaud dans notre pays où l'on voit s'installer tranquillement ceux qui aiment se parer d'une idéologie à la pensée courte, des misogynes qui aiment les femmes, les vraies, des obsédés du chiffre, des méprisants du pauvre et de l'étranger, des retourneurs de veste. Des hommes, des vrais. D'ailleurs, regardez-les,  redresser la tête,  gonfler leur gorge, étirer leurs ergots dès que l'on met en doute leur façon de penser. Ils érigent des forteresses et nous regardent de loin. Nous ? Qui est ce nous ?  Il n'a pas encore de nom, ce nous, auquel je me sens pourtant appartenir. Ce nous qu'il faudra nommer avant que nos devenions leur vermine, celle qui pourrait empêcher le serpent de grandir. 

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